samedi 25 février 2017

la consigne oubliée du Caprice de la Reine (Jean Echenoz et moi)

à ma droite, les fidèles, 
ceux qu'il faut bien appeler, les élus, 
ceux qui ont contribué à la victoire, 
à la nomination, à la gloire. 
Va pour la gloire même si l'on sait d'ores et déjà qu'elle sera éphémère. 
Vêtus de sombres figures et d'airs fats, vêtus de sourires 
mais au triomphe platonique. 
Ils paradent immobiles, 
dans leur succès tout neuf 
fourré au pétard mouillé.
Vêtus de morgue et de haine, 
un pas de plus vers l'inconnu luisant. 
pour l'heure, ils se taisent, 
se congratulent du regard, 
échafaudent déjà les coups tordus 
qu'ils pourront porter 
pour prendre la place de l'Elu, 
ou d'un moindre, 
mais plus haut placé qu'eux.
Ah oui bien sûr, il y a des femmes "padsouci", 
la parité n'est certes pas exactement respectée, 
mais certaines comptent au moins pour 2, 
dans l'échelle de l'ambition 
et de l'écrasement du cloporte.

A ma gauche, ...
A ma gauche.
A ma gauche, rien ou si peu.
Quelques jeunes gens encore en train de cicatriser, 
propulsés par le destin et le manque de prétendants, 
les vieux sont vieux, presque mourants, 
au placard. 
Du balai.
A ma gauche, quelques fantômes. 
Mais très peu. 
Lesbouffonsde "àmadroite" occupentdurestelaplupartdel'espacesemi
circulaire 
etpoussentlittéralementdansleurs retranchementslesraresàmagauche. 

On se croirait un soir de Häsel.

Devant moi exactement, une statue de marbre. Yeux bandés. On ne sait plus si elle dit que l'amour est aveugle ou que la justice est impartiale.

Derrière moi, sur le perchoir 
le grand chef de ce qu'il faut bien appeler L'HEMICYCLE. 
Il savoure son rêve enfin réalisé.
un petit rêve pour l'heure
un pas de plus vers le sommet.
Il va prendre la parole pour prononcer le discours de bienvenue à ses collègues qui l'ont porté là.
Il a pris ses pastilles il a tout bien rodé.
Son troupeau référentiel réagira en conséquence à la bonne heure. Applaudira à tout rompre dans une assemblée ou tous ou presque lui sont acquis. Triompher lorsqu'il n'y a plus d'adversaire, ridicule et petit.

Et moi
Moi qui suis le termite ultime
celui par qui 
l'effondrement de la tribune adviendra
le dernier à ronger 
le dernier filament de bois
j'entame 
ma
dernière
bouchée

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire