jeudi 31 mars 2011

Mots en Em

Militer


Dans l’oreille de l’enfance, la voix des anciens tombait par pluie fine, douçâtre quand elle faisait silence sur leurs souffrances dans les camps de déportés ; ils en étaient revenus en petit nombre, et se dissimulaient maintenant dans leur pudeur, l’estomac serré par les privations ; pluie drue de la révolte quand elle criait l’injustice de la boîte qui ferme, mal gérée, pas soutenue par « les politiques », occupée durant des mois. Les jeunes écoutaient. Ils étaient de la famille, de leurs voisins, pères, oncles d’ami-es... Militer était donc une histoire de vie et de mort, autant que de famille que de voisinage. Alors, naturellement, à l’approche de l’adolescence (13 ans ? 14 ans tout au plus ?), nourrie de cette mémoire à la volée, l’adhésion aux « jeunesses » pour continuer le lien avec les copains et copines, et avec/par eux le lien avec ces nourriciers d’éthique, avec les dénonciateurs des inégalités, avec les "gueuleurs" contre les défections politiques devant les fermetures, les restructurations. Et puis, les familles achetaient à crédit, sur le catalogue de Manufrance, découvraient les grandes surfaces, partaient une semaine en vacances, parfois, pas tous les ans.
Aux « jeunesses »... quelques réunions, quelques références au Capital, à l’Idéologie allemande mais l’essentiel n’était pas là, il tenait dans l’organisation des soirées de collage d’affiche, dans la distribution des tracts pour les manifestations qu’il s’agissait de suivre derrière la bannière (très important d’être nombreux derrière la bannière), et l’enjeu premier ? C'était les élections, les élections, rien d'autre. Quelques grands meetings avec à la tête: un fils clownesque, aimé des médias, populiste... Et les anciens ? Guère de force pour venir à ces meetings ? Le souhaitaient-ils ? Y étaient-ils, au fond dans le fond ? Un maire, ancien résistant ; cela a été bien un maire communiste, pour des choses, mais il n’a pas sauvé Manufrance, ni les autres Manu. Pour la gauche réunie cela deviendra l'héritage de la droite à battre, bientôt en 81. Alors on fait semblant de dénoncer, mais au fond dans le fond... on laisse faire. Dans les cercles intellectuels, économistes, gauche et droite sont d'accord. Traité de Lisbonne...
Dans le quartier croissait la misère ouvrière et la précarité touchant d’abord les immigrés, double peine : chômage et racisme, et leurs enfants aussi ; mais ces derniers étaient nourris au lait des anciens combattants contre la colonisation : ils ont créé des associations de lutte contre le racisme, contre l’extrême-droite, une marche immense, magnifique se terminant par une grande fête à Paris... là était le combat. Au parti ? Les immigrés prenaient le « pain des français »... Premiers doutes : les injustices ici et maintenant ne sont plus Le Combat ? Désarrois. Silence des anciens, à moins qu’ils soient partis du parti, partis de l’autre côté de la partie de jeu, partis de la vie. Ils regardaient de loin, du fond.
Petit tour dans quelques réunions chez les écologistes naissants, pour voir, et eux ? Un chef de parti local terne, propositions fades, souci électoral encore (il ira chez les écologistes de droite quelques années plus tard). Pas de défense de Manufrance ni des manus d’ailleurs. Et puis : discussion avec Le Militant, son archétypique, celui de LO donc... Donc discours prémâché, codé à l’extrême, quelle extrême d’ailleurs ? Vieux pou semblant bien apprécier les rencontres avec adolescente en quête de sens.
Débâcle. Enthousiasme mai 1981. Racisme triomphant. Silence politique sur les fermetures toujours, sur la politique de l'OCDE, sur les ouvriers, sur ces habitants précaires et ces femmes des grands quartiers : ils deviennent les responsables de leur condition économique. Nouveau discours politique : on évite les termes d'inégalités, on parle de vulnérabilité ce qui permet de renvoyer la difficulté aux individus, la pauvreté s'essentialise. Ignorées les ouvrières prises en compte dans les statistiques comme composant la population des « ouvriers ». Contre le chômage ? Si les femmes retournaient à leur foyer? Elles, travailleuses, qui font marcher à plein régime la machine économique et la surconsommation des ménages, qui composent à part égale avec les homme la population active, qui réussissent davantage scolairement, qui connaissent le double, triple travail (domestique, éducatif, professionnel).
Alors le temps passe. L’appel des résistants, tiens, les anciens sont de nouveau là, ils parlent de... la résistance civique. Les collectifs existent depuis plus longtemps, désobéisseurs parmi les fonctionnaires, les scientifiques en révolte, les infirmiers, médecins, éducateurs, instituteurs, profs, les salariés des grands groupes et les autres... se réengager dans ces collectifs. Mais adhérer pour un parti à élection ? ... ? ʕ

Réponses envoyées au Journal

Réponse à l'annonce n° 300 parue dans le Chasseur Français 01/1920

Monsieur,

Après mures réflexions, je me décide à répondre à votre annonce car, comme me le répète mon père depuis plusieurs jours, il semble que nous soyons assortis et que nos deux profils s'emboîtent comme pêne et gâche.
Je suis fille unique, mes parents vieillissant voudraient que mon mari et moi reprenions la petite et prospère exploitation maraîchère que nous possédons en bord de L'Esves, ainsi que l'entreprise de menuiserie, cercueils en tous genres - située au centre de Marcé-sur-Esves - dont nous sommes propriétaires. J'ai 35 ans, n'ai jamais été mariée et suis vierge de toute tache, catholique pratiquante. De plus, comme vous, ma légère claudication ne me handicape pas du tout pour mener une vie normale, je suis travailleuse, dure au labeur et ne ménage pas mes forces.
Pouvez-vous me dire de quel côté se situe votre claudication et où elle se situe exactement ? Est-ce votre hanche ? Le genou ? Une jambe plus courte que l'autre ? Dans le catalogue Manufrance, on trouve toutes sortes de chaussures compensées qui permettent de masquer de nombreuses claudications. Quant à moi, ma claudication se situe à gauche, elle provient d'une coxalgie contractée dans ma petite enfance et selon le côté de la vôtre, en nous tenant par le bras, nous serions un couple tout à fait équilibré. Je suis gaie de caractère et enjouée et je sais que les jardiniers sont en général des hommes patients, pacifistes et persévérants.
En attendant votre réponse, je vous adresse, ainsi que mes chers parents qui m'accompagneront à un éventuel rendez-vous, mes plus respectueuses salutations.


Réponse à l'annonce n° 259 01/ 1920
Vous cherchez quelqu'une ayant dot, propriété ou commerce, Paris ou Province et demandez des détails. J'ai 46 ans, brune, 1m62, assez jolie dit-on de moi, trop occupée par mon commerce, « une mercerie » d'excellent rapport, je suis malheureusement restée célibataire car pendant la semaine je n'ai pas de temps pour sortir, et en fin de semaine, je suis trop timide pour aller au bal. Je vis dans un appartement qui m'appartient au-dessus du commerce au coeur de la belle ville de Guéret.
Mon commerce pourrait s'agrandir si quelqu'un s'occupait des comptes, des commandes et livraisons, mais je tiens à vous préciser d'emblée que mon espoir est que vous ne soyez pas quelqu'un d'intéressé, parce que si l'appât des revenus est votre principale motivation, je préfère que nous ne poursuivions pas et que nous en restions là.
Vous semblez ne pas craindre les taches, hé bien j'en ai de nombreuses : dès que le soleil paraît, étant rousse, mon visage et mes bras se criblent de taches de rousseur du plus bel effet pour qui est amateur. A un endroit de mon corps que je ne peux vous indiquer ici, j'ai également une grande tache de vin, adorable me disait ma mère lorsque j'étais petite fille. Vous voyez que je suis franche, j'attends donc de votre part la même franchise. Donnez-moi des détails sur vous-même, vos attentes, vos goûts, vos activités. Pour la réponse, je vous joins l'adresse du prêtre qui m'a baptisée et qui est aussi mon oncle en présence duquel, nous pourrions, si poursuites et affinités, nous rencontrer.
Veuillez recevoir, Monsieur, mes sincères salutation.


lundi 28 mars 2011

écho à cheval vélo

cheval-mouvement

quand il s’arrête oh ce /

cheval mouvement /

de la main ou ralentir /

ralentir /

son mouvement //

demi-ar temps ah /

arrête oh arrête le cheval /

temps quand il s’arrête /

ce cheval oh /

ralentir //

quand il s’arrête ce cheval /

mouvement demi-ar temps arrête / __

arrête /

ralentir de la main oh/

ralentir//

si vous bougez non /

si vous bougez de la /

attention /

ne bougez pas /

non /

pause /

c’est fini /

c’est fini /

quand il s’arrête ce cheval mouvement /

ralentir /

stop /

ainsi ralentir /

ralentir //

...


olivier cadiot / rodolphe burger


http://www.youtube.com/watch?v=iz1dz58QzkA

dimanche 27 mars 2011

"Mariages" 1920 Chasseur Français

Voici quelques petites annonces relevées dans le numéro de janvier 1920 du Chasseur Français à la rubrique "Mariages"

Annonce n° 300)
Jardinier, Touraine, situation 2600 fr, 46 ans, 1m60, légère claudication, avoir 12 000 fr, catholique, connaissant agriculture, élevage, épouserait demoiselle ou veuve ayant profession ou économies, propriété de rapport ou commerce

Annonce n° 259)
Célibataire sérieux, 48 ans, sans relations, 30 000 fr espèces, pouvant diriger commerce ou propriété, épouserait veuve ou demoiselle, même avec tache, ayant dot, propriété ou commerce, Paris ou Province. Donner détails. Répond pas poste restante. Discrétion, accepterait intermédiaire éclésiastique

Annonce n°275)
Aisne. Jeune homme, 24 ans, bonne famille cultivateur, travailleur sérieux, sans dot, cause invasion, espérances, épouserait demoiselle ou veuve 18-25 ans, ayant exploitation 25-40 hectares, reprendrait location

Tout est recopié texto, y compris les fautes
Il n'est bien entendu pas trop tard pour répondre, je ferai suivre. A vos plumes, demoiselles et veuves. Pas sérieuses s'abstenir
Tout sur ma tante
Ma tante ne connaissait pas l’argot, elle était d’une famille plutôt « bon chic bon genre » mais avait épousé mon oncle plutôt « populaire » après l’avoir rencontré par inadvertance à l’hôpital. Mon oncle était resté longtemps célibataire, soucieux de conserver ce brin de liberté que l’épouse confisque dans la plupart des cas. Il aimait les boissons anisées et chérissait sa seconde langue maternelle, l'argot, jusque tard dans la nuit du vendredi soir, avec ses copains, ce qui n’était pas du tout bon chic bon genre. Un jour, le verseur de pastis domestique rendit l’âme par une maladresse due sans doute à l’ivresse ou à une mauvaise manoeuvre durant la vaisselle.Ce verseur se présentait comme une boule de verre permettant d’obtenir la dose exacte de la boisson. Dans le langage "onclien" il s'agissait d'une « couille ». Ce mot était passé dans le langage familial, grands comme petits nous le connaissions et le maîtrisions à la perfection, c'est-à-dire dans son bon contexte langagier et festif. Et c’est sans arrière-pensée (enfin, a priori) que lors de la visite familiale du samedi après-midi au magasin Manufrance, l’oncle demanda à la tante de se renseigner auprès d’un vendeur pour savoir où cet objet indispensable se trouvait. Naturellement et sans arrière-pensée (enfin, vraiment sans arrière-pensée) la tante demanda au premier vendeur venu : « monsieur, où sont vos couilles s’il vous plaît ? ». L’oncle est tout près de sa femme, il entend, comprend sa bévue (l’avantage du bilinguisme facilitant les traductions simultanées et silencieuses). Le vendeur reste un instant sans voix. Il pense avoir mal compris, fait répéter la dame "bon chic bon genre". L’oncle s’éloigne, il a honte. Pas elle: pourquoi ce sourire large et moqueur de la part du vendeur ? Elle appelle l’oncle, il est un peu contraint de sortir de derrière les rayons, joues rouge pivoine. Les deux hommes se regardent d’un air entendu. Ils éclatent de rire. Pas la tante, médusée. Elle attend simplement et naturellement la réponse pour pouvoir aller chercher l’ustensile tant désiré et faire plaisir à son époux. Elle ne comprendra la plaisanterie qu’une fois sortie du magasin du cours Fauriel, quand l’oncle encore rieur lui expliquera qu’on ne doit pas demander une couille dans un magasin. Ah ? Et qu’est-ce qu’il faut demander alors ? Quelques années après, l’oncle mourra d’une crise cardiaque sans avoir eu le temps de boire un dernier verre avec ses copains. Que ce texte rende hommage au magasin, à l’oncle, à la tante, et à la douille, euhh... à la....

dimanche de printemps


Un "Sancerre" à la bonne vôtre pour réveiller ce blog un peu en léthargie

dimanche 20 mars 2011

Hommage au catalogue Manufrance



J'adore le "faux nez-robinet" pour camoufler les rhumes en période de carnaval, et le "peigne à sourcils"- dans votre commande indiquez la distance entre vos sourcils, le "marteau lumineux" pour frapper dans les coins les plus sombres ...

(Pour agrandir les photos, il suffit de cliquer dessus)

jeudi 17 mars 2011

je suis les racines du ciel

vous vous souvenez de ce lointain atelier avec Lionel ?

Ou êtes-vous ?




« L’écriture doit être saisie comme un miracle : celui de la double présence de la parole et du silence »


Six mois sans lettres de vous, six mois sans vous écrire, six mois sans entendre votre voix, six mois à saisir le téléphone où votre numéro persiste à rester enregistré, pas une journée sans pensées pour vous …

« Wenn ich ein Vögel wäre

Und auch zwei Flügel hätte

Flöge ich zu Dir.

Weil es aber nicht kann sein

Bleibe ich all' hier »


Faute de bouteille à la mer ou de cri dans le désert, si ceci est vraiment « une toile », parmi tous ses réseaux, l'un d'entre eux doit bien pouvoir pousser ses ramifications jusqu'à vous, pour vous faire entendre ma chansonnette.

Un jour, je vous écrivais : " Que restera-t-il de moi quand vous mourrez ?" Et maintenant, je vous survis. Où trouver une présence humaine qui vous ressemble pour m'offrir chaque jour un nouvel appétit de vivre, prendre un nouvel élan ?

Vous me manquez tellement ...

Le film « La petite chambre » avec M. Bouquet m'a replongée dans l'étonnement de notre relation :

Relation tendre toute de découvertes et d'admiration qui devient peu à peu un lien puissant reliant cette jeune femme qui perd pied, à la vie.

Chute dans le vide toute illuminée des glaciers et de la pensée de sa femme, de cet homme qui lui non plus ne veut pas mourir petitement - pas d'hospice, pas de perte de l'ouïe, de la vue, pas de cerveau qui se dégrade -.


Vous persistez à être en moi celui auquel je parle :


« … l'on ne parle pas tout seul (les autres même absents étant impliqués dans l'acte de parler puisque c'est leurs mots qu'on emploie) et que dès l'instant que l'on parle -ou écrit, ce qui revient au même- on admet qu'en dehors de soi il existe un autrui, de sorte qu'il serait absurde de récuser, si l'on parle ou écrit, les noeuds qui vous attachent au cercle indéfini d'humanité que par-delà les temps et les lieux votre interlocuteur sans visage représente. » Michel Leiris





mercredi 16 mars 2011

EM? MEM? MEMOIRE...

Le temps
"se dèsheure" dans tes yeux.
La vacuité de tes pupilles
a oublié jusqu'à sa signification.
Pourtant
sur tes lèvres
un court instantané
quelques miettes de temps ânnonées.
Un refrain jauni
de ta bouche s"échappe
"l'eau qui court vive comme un ruisseau"
puis se recroqueville dans ton souffle
fragile.
Ta mémoire funambule
sur le fil
ténue s'est perdue.
Et tu divagues
dans ton passé éparpillé
la houle des souvenirs
sans dessus sans dessous se bouscule
puis se retire
en un silence long à hurler.
Tes mains effleurent mes mains
comme jamais.
Ta peau est douce comme les arabesques que tu traces
d'un doigt transparent sur mon bras nu.
Où es-tu dans tes années de plomb?
La chappe s'alourdit
Mes mots se répercutent sans doute quelque part
dans ta mémoire broyée.
Ton corps est là lui.
Ton temps a vacillé dans une parenthèse
obscure.

Ton visage s'effrange
Les larmes arrachent de mon coeur la fêlure.

mardi 15 mars 2011

cocinnelle

Tessons et mantilles

Déjà un service complet de vaisselle réduit au stade de tessons. En grande
partie de l’Emmaüs dépareillé. X accompagne ses éclats de verre d’éclats
de voix, eux-mêmes capables de briser des céramiques du XVème siècle
espagnol. Entre 2 coups de tonnerre, je donne un coup de balai d’une main
et remplis de grands sacs plastiques de l’autre, séparant les tessons que
je recyclerai pour mon grand œuvre façon Facteur Cheval de style Mudejar,
et de l’autre les gravas de notre amour défunt, désormais inutilisables,
les embrouillaminis de points d’interrogation à jamais sans réponse. Il
s’agira plus tard de ne pas confondre les sacs.
« Depuis combien de temps ça dure, ton petit manège ? » me demande X ? «
De quel manège parles-tu  ? réponds-je, tu sais bien que j’ai toujours eu
horreur des manèges, ça me donne envie de vomir ! » « Oh ça va ! Ne joue pas sur
les mots, tu sais très bien de quoi je parle » En parlant de maux, (mais
c’est bien la dernière fois)m'étant coupée avec un saloperie de bout
de verre Duralex, je monte dans la salle de bains chercher un pansement
dans la boîte à pharmacie intitulée « coups et blessures ». Evidemment le
sparadrap a glissé dans la boîte contigüe intitulée « digestion, estomac,
ventre », sûrement confondu avec un pansement gastrique. L’ennui d’avoir
pour bonniche une bibliothécaire c’est que le classement prend souvent le
dessus sur le rangement et ranger une maison en Dewey, même dans sa version 2009 augmentée, ce n’est pas de la tarte. Il y a toujours un moment où il faudrait couper les livres en 2 et/ou les cheveux en 4 pour être jusqu’auboutiste et totalement rigoureux (qualités primordiales dans les fiches de poste bibliothécaire) et disposer les choses à leur juste place.
A partir de là et simultanément, les événements se précipitent
1) le téléphone sonne : je note l’effort du metteur en scène : penser à
introduire un élément extérieur qui généralement met fin à l’hystérie du
vase clos, ramenant les protagonistes à la réalité du monde nettement plus
dramatique, état de la planète en train de fondre ou d’exploser,
révolutions en marche, mort d’un proche. En l’occurrence tout le monde
s’en fout, personne ne répond
2) je note une odeur de brûlé, jette un coup d’œil par la fenêtre. X s’est
lancé  dans la scène II du grand incendie de Rome, mais au lieu de jouer
de la lyre, c’est ma lyre achetée en Italie justement, qu’il est en train
de brûler, comme disait Oscar Wilde, l’amour c’est ne faire qu’un, mais
lequel ? et cette lyre a toujours sonné faux. « T’as toujours eu le feu
aux fesses ! » s’étouffe X à côté de son barbecue. Ne sachant pas s’il
s’adresse à son brasier ou à moi, je jette un coup d’œil dans la glace :
non, aucune fumée de mon bas-côté. Mais ça ne veut rien dire, parfois le
feu couve, c’est connu.
3) malgré mes efforts de colmatage, je ne réussis toujours pas à stopper
le flux de sang qui s’écoule depuis 10’ de ma blessure. Dans le lavabo,
mes globules, les rouges que l’on voit, et les blancs que l’on devine, mon
fer, mes plaquettes et tout mon bon cholestérol, rejoignent les égouts en
fines rigoles. Moi je ne rigole pas trop et flageolante et autant que
faire se peut, je dévale l’escalier, remontant le chemin de gouttes rouges
que j’ai tracé à la montée.
« Tu peux m’emmener aux urgences », demande-je « avant qu’on se sépare ? »

lundi 14 mars 2011

Mots en Em

Manufacture
Je sentais l’amertume du cacao, elle emplissait mon odorat et tout l’espace, tissant des liens fins comme de la soie avec les bobines de l’autre manufacture, ailleurs, abandonnée. On y était entré par effraction mais pas par interdiction puisqu’aucun gardien n’en protégeait les fenêtres cassées et les machines à tisser délabrées. Débris de verre sur le sol, fils de coton et de soie noués comme la gorge. On s’était promené sans mot dans ce désert effleuré par quelques rayons de soleil ce dimanche d’hiver, dans la vallée menant au barrage. Le silence faisait résonner le bruit passé des tisseuses, leurs voix criées, résistant comme elles le pouvaient à l’assourdissement ; ces sons emmêlés bourdonnaient encore, là, dans le rayon de lumière, craquaient sous les pas écrasant les bobines délaissées. Ouvrières épuisées par le manque de sommeil, par le travail, par la peur des lendemains. Leur absence faisait écho à la clameur des ouvriers de la chocolaterie, là-bas, visitée une fois l’an grâce à ce grand-père devenu gardien des lieux après une mise en préretraite précoce. Déjà le plan de fermeture s’annonçait, et débutait par les anciens. Morceaux de chocolat amer suscitant une mimique de dégoût parmi ces enfants visiteurs et joyeux, insouciants, à qui le grand-père avait fait jurer de ne rien prendre, sinon... finies les visites annuelles ! C’était le dernier été, il ne le savait pas encore, ou faisant semblant de ne pas... Comment s’empêcher, derrière son dos, derrière ses explications scolastiques sur le fonctionnement des machines et la fabrication des tablettes, de mettre les mains dans ces bacs ? Comment ne pas goûter à cette glue peu à peu mélangée au beurre et au sucre ? Glue devenant coton fondant, eau à la bouche. Une fève à croquer, peau résistant à peine, croustille un peu, hésite, puis déverse son arrière-goût de bleuet, à moins que ce soit de lavande. Souvenirs d’enfance.
Et puis un jour la tempête finale éclate, fait voler en éclat les murs, les corps, les résistances, les espoirs. Les voix hurlent mais ce n’est plus de la plaisanterie. On ferme la manufacture, on ferme la manufacture.
La vieille chocolaterie est devenue un bâtiment municipal et son parc un jardin public. La maison du gardien ? Je ne sais pas et ne veux pas le savoir. L’usine des bobines est toujours abandonnée sans espoir, comme un cadavre laissé à l’air et au bon vouloir des rapaces.
Les soirs de vent, on croit entendre les machines-fantômes, et puis peu à peu ces bruits là aussi s’assèchent. Seuls les anciens enfants voleurs s’en souviennent encore.

vendredi 11 mars 2011

Mots en Em

Mots des autres


Se dissoudre, voler jusqu’au sommeil
Nuits et jours
Dans les mots des autres
Se recroqueviller, se peloter
Dans la couverture
Des mots...
Clapoter du soir au matin
Chercher le mirage et trouver le vertige
Dans les mots des autres
S’oublier encore, sans rime ni pleurs
Désolée, pauvre
Et puis peu peu, pas à pas
Se rebâtir
Dans les mots des autres
« le mot se livre, se délivre, s’affole, se répand, se renverse, se rétablit »
Alors dissoudre le sens ankylosé, se défaire des souvenirs, du passé
« plus on est jeune, plus les mots sont dépourvus de sens définitif »
Faire de multiples frottis mentaux pour enlever toute trace, frotter encore pour lutter
« ... la matrice des femmes conserve l’empreinte de tous les enfants, nés ou avortés... »
Faire peau à moitié neuve, à moitié silence
« les mots que l’on trouve et assemble dans sa tête ne comptent pas tout à fait »
Pour laisser la plus large place aux mots des autres.

* Andrée Chedid, Brita Svit, Annie Ernaux, François Nourisser

jeudi 10 mars 2011

Mots en Em


Mini(h)aiku

22 septembre
premiers pas du doux automne
Les enfants sont là !

Mois d’octobre
Ne me confie pas tes fils
je ne pourrais que les aimer

Flocons et plumes
Anges de décembre

Le soleil du 17 mars
Ne fête pas mon anniversaire
Mais son triomphe sur la montagne

De l'équinoxe de septembre
à celle de mars
La mer et mon esprit
Agités.

1er, 4 mars
13, 16, 17
22, 23 mars...
que d'eau sur la planète,
on y trouverait beaucoup de poissons
et quelques béliers égarés.

L’été printera son nez
Quand l’hiver aura été
Lentement, sans s’automniser

Pourquoi, à l’ami connu trois ans avant ma soeur
Continuerais-je à fêter l’anniversaire le 29 les années bissextiles
(le 28 le reste des ans)
Alors qu’il est né le 20 ?

Tout près de son coeur (cliquer sur la photo pour voir les petits bateaux qui voguent dans l'air)
Trois petits navires suspendus
Longtemps encore, la Bonne Mère
Protègera-t-elle les marins de la Joliette ?

Bouddha de bakélite
A mon cou
Ronchonne

Etre Evelyne Délias, un soir
En jupe et en talons aiguilles
Et dire « à demain » dans un déhanché
De tour de Pise très rock and roll

Alice
Au pays des merdouilles
Sait-elle préparer le civet ?

Devenir sans mémoire, sans mot, sans pensée
Aller au loin sans but, sans réfléchir
Ne chercher qu’à séduire pour se rassurer
Pauvres chèvres !

Bords de mer
Dans ce jardin d’hiver
Gracie mille, B.

C'est l'histoire d'un groupe de Scarabés

C'est l'histoire d'un groupe qui écrit ensemble, comme d'autres mettent des sons sur du silence comme le disent les intelligents critiques d'eux-mêmes qui pensent avoir inventé la musique. Des gens s'intéressaient à ce qu'ils faisaient depuis le monde entier (déjà 12 000 visites !!!). Parallèlement chacun chantait dans son coin, qui avec son canard, qui dans son bain, qui dans son jardin. Alors voilà que je m'y lance aussi, les amies, amis, c'est toujours en chantier et ça le sera longtemps, parce que je suis en chantier permanent, n'est-ce pas aussi votre K ?
Mais contrairement aux Beatles, moi non plus, comme Laura, comme Béa, comme Brel, je ne vous quitte pas, je pousse juste ma boule devant moi : 
Ne me demandez pas pourquoi l'adresse est celle-là, quand on est grand on sait que parfois il n'y a pas de réponse, ce n'est pas Natô qui me contredira
En attendant, je vais passer l'aspirateur, parce que y a pas que les blogs dans la vie

miss(il)









quitter en rêve : vouloir quitter le psy, ne pas savoir quand ? comment ? l’annoncer, faire le rêve, devenir chat, «chat quittant», savoir traverser, décider de quitter l’homme, l’amour, écrire la lettre-rupture
sortie de rêve : à la poursuite du mini-chat échappé (porte entrouverte) de la maison du psy (forme nippone) poils en boule grise montée sur ressorts (shtttonk shtttttonk) rebondit le chat-trajectoire quand il croise un (peut-être deux voir plus) véhicules à moteur (scratttttttch) percuté ? écrabouillé ? projeté ? passé où ? active recherche sur le bas-côté (parmi brindilles débris et divers) aucune trace (disparition) juste un oiseau mort les quatre fers en l’air, «le chaton s’évapore»
tracer le rêve : sur la table du petit déjeuner écris chaque détail à la main sur un feuillet (défroissé) tire le fil remonte du réveil au sommeil (profond) mémore note remémore anote .. jusqu’au moment particulier où vient l’idée là dans un même mouvement (cheval-mouvement) l’idée de la lettre qui coupe mots qui découpent phrases qui tranchent dressent une liste puis deux (choses qui séparent --- choses qui relient) c’est fluide coule du stylo (plume) sans efforts ni douleur ça forme des questions (de style interrogatif) questions sans réponses aucune (n’en attendant pas non plus) la missive s’écrit toute seule (encre noire sur fond blanc) avant les doigts qui frappent ces lettres après (blanches) sur le clavier (noir) de l’ordinateur (transportable) enfin un silence (stttttttttop) «ô temps suspends ton vol» quelques secondes minutes heures éternité (image-temps) passent alors juste appuyer sur le petit avion-papier (fuittttttttttte) c’est fait envolé parti c’est fini
dire qu’après : plus jamais ne le toucherais regretterais tripoterais pleurerais peloterais jalouserais jamais plus ne le consolerais chatouillerais léchouillerais réveillerais baiserais susprendrais suçoterais enlacerais caresserais aimerais plus

samedi 5 mars 2011

Parents émus




Nous avons la joie de vous faire part de l'adoption de cette boule de poils d'une semaine qui arrivera chez nous le 22 mai 2011
Connaissant votre esprit créatif, nous lançons un concours de noms (femelle ou mâle, nous l'ignorons, il paraîtrait que les organes ne descendent que plus tard - sans doute femelle dit-on, car 3 couleurs de pelage)

son cadeau






Vaisseau-fantôme



Bonnes vacances au long cours