jeudi 25 novembre 2021

Y être

"J'incise" dit-il, entend-elle

Elle essaie d'imaginer le scalpel.

De toutes ses forces.

Les pieds de béton refusent de bouger.

 

Le cerveau émerveillé, en alerte, fonctionne à 1000 %.

Comprendre comment ça marche, comment est-ce possible.

Présente à 100 %. 

Absente totalement. 


Observer, assister.

Sortie du corps, entièrement dans le corps.

Fascinée.

Vivre pleinement les mystères dont on ne sait rien.


"14" minutes", la voix du burkinabé.

Splendidement éveillée.

Regards stupéfaits sur les poissons intubés et inertes qui l'entourent.

Y être.


Gratitude à tous ceux qui ont rendu possible cette impensable expérience.



Consignes que je me suis données : 100 mots /Quatrains

 

PS : A aller regarder "Articles les plus consultés", je m'aperçois qu'il y en a qui prennent plaisir à revisiter le blog et c'est tout à fait passionnant/émouvant de relire ces textes, parfois anciens et toujours aussi beaux.

vendredi 19 novembre 2021

à force de

à force de scruter rêvasser disséquer sonder

quelque chose finit par advenir – éclore –

s’immiscer dans les brouillards & les ombres

poindre de la douceur de l’obscur – rester 

immobile – longtemps – si longtemps – trop –

peut-être – jusqu’à voir pleine à ras bord –

la coupe cuivrée d’or et d’argent des éclats

d’aubes à venir – tous ces matins à fouiller

les étendues de lumières et d’ombres – rêves

ou certitudes – songes desquels on s’éveille

les mains tendues pour cueillir ce qui vient














codicille:  sur mon traitement de texte, pavé d'écriture et photo ont une taille similaire, c'est moins évident sur le blog et par conséquent n'arrive pas aux cents mots, mais à 76 mots. Les autres contraintes subsistent.

mercredi 17 novembre 2021

02 # Visage.

L'effet-miroir de son teint sur le drap. Valse du temps sur sa peau jaunie dans un écrin de rides-arborescences remplies de vides-pleins. Mouvement perpétuel de la bouche blessée sous un seul souffle irréversible. Ebauche de mots-palabres inachevés en quête de sens. Doutes qui sont chemins surannés  dans des yeux couleur d'onirique. L'indicible du temps. L'indicible du corps-espace enfoui sous le tissu-manteau laissant à découvert sa figure marquetée des saisons vécues en-dehors en-dedans. Son âge à répétition file d'un côté à l'autre de ses joues érubescentes. Elle est le gris le mauve et la terre d'ombre.

Codicille:
-écrire en 100 mots; utilisation de mot-valises; pas d'autre ponctuation que le point; commencer le texte (et les suivants) par la lettre L (de Linette); s'attacher à la couleur.


catalogue de consignes pour Klasma

 En attendant d'en faire un pour de bon : connaissez-vous Aby Warburg : fragments sur l'expression ?

Un livre assez essentiel et très compliqué 

je l'apporte la prochaine fois et/ ou vous en met quelques extraits bientôt ici


mardi 16 novembre 2021

je ne sais pas. Klasma 3

contraintes: un carré, mettre "je ne sais pas" au début, milieu et à la fin. 

Texte issu de la rencontre avec des automates s'allumant et parlant, lors du festival des Pléiades, arts numériques, novembre 2021, Saint-Etienne.

à tout instant

à tout instant – tout est dans l’œil – vif ou

délavé – de qui regarde – ce mouvement de vie

qui se cristallise – mouvant et inachevé – là

ébauche d’une caresse – valses sur le tapis

lueurs vagabondes et incertaines – vague de

temps qui avance – à l’esprit il faut bien un

ailleurs – un geste de détour – une invisible

quête – en quête d’invisible – alors l’enfant

sa main – elle tente de saisir – quoi – une

trace déjà enfuie – ne reste qu’un réel terne

et confus – puis la danse reprend – jusqu’aux

bout de ses yeux – et ses doigts se referment

sur ce leurre de reflets blanc telle une page

 

Codicille concernant la forme: vers justifiés, cent mots, débute par à, pas de majuscule, ponctuation uniquement par tirets, titre ou ce qui peut en tenir lieu à la fin

Rumeurs d'automne

 

"Dans le bruit

            du jardin qui s'agite,

les herbes hautes

            fourmillent d'informulés :

« la table est couverte de revenants

 et de nappes de nuit»

entends-je murmurer

            dans mon oreille

collée à la porte des livres.


Mais moi,

            les feux au bout des doigts

pour éclairer novembre,

            je sais que le seuil

ouvre l'espace

            et que la discrétion d'une anémone

se loge au fond d'une caresse."

 

Frustrée de n'avoir vraiment pas le temps pour suivre notre atelier avec toute l'assiduité nécessaire, faute de ... je vous poste ce "collage" avec les mots de Solange, juste pour être parmi vous, sur la page, mes ami(e)s de si longue date et d'amitié de coeur (car écrire pendant plus de 20 ans toutes les quinzaines ENSEMBLE forge des liens inaliénables et indélébiles). Un grand bravo pour vos derniers textes dont -me semble t-il- l'originalité, la complexité et la qualité de la consigne permet et met à jour de nouveaux styles et manières d'écrire. Vive la forme ! qui exige. Je vous serre fort dans mes bras (au nez et à la barbe du Covid, d'ailleurs j'ai eu ma 5° dose ...)

dimanche 14 novembre 2021

Sans titre provisoire (3)

 Même parmi l'obscur le seuil ouvre l'espace

Nature écarquillée pour éclairer novembre

Le café qui percole, la tartine beurrée

L'espoir d'un jour joyeux sans armure et sans ombre

Au fond d'une sous-tasse trouver une langueur

 

Même le TESSON bleu a des allures de roi

sans titre provisoire (2)

Nature morte au miroir dans ton écrin de bois

Table des revenants qui pèlent des oranges

Un chien en boule chaude, un velours cramoisi

Des faisans tête en bas et du sang qui s'égoutte

Lointain défenestré d'où s'envolent des anges

En mouvement blessé, ébauches inachevées

Et dans un vase altier, oubliée, mauve de terre,

 

    La discrétion même d'une anémone


Sans titre provisoire (1)

 Dans l'éclairage noir du rouge inactinique

Qui ne révèle rien d'un passé révolu

Même le regard plombé par le voile anémié

Chaque vague du temps qui avance dans l'âge

Herbes hautes tracées aux plis noirs de la bouche

Épines de l'hiver enfoncées sous la peau

 

L'indicible mère à boire

Pas de couleur sur le 7/4

 Mur de pluie sur bitume / phare à l'arrêt

Mer des ombres disloquées / cordes à tous vents

"ébauches inachevées"

Mauvais temps côté bâbord / vague au sud-est

Matin sans un aujourd'hui / nuit à midi

"soupirs arrachés"

Manivelle du remonteur : temps ronronnant

Mont de la baie ensablée / crustacés crus

"instants écarquillés"


Ce qui surgit

flambeau vif sur une crête, en cet automne, en un clin d'oeil éclipsé
une fin d'été qui roule en cascade glissant sur les roches
Bleu amer dans la vague
Sel doré dans la rivière
le souffle retenu de l'eau qui saccade
et la falaise fait naître un Yokai
C
Dans l'écorce
Gravé
assis dans le wagon immobile
Mets tes mains près des yeux, comme si tu tenais un objectif
Ainsi, c'est bien. Maintenant, regarde par la fenêtre
tu captes ton reflet fondu dans la poussière de la vitre. Clic !
Queue en porcelaine
d'une Bestiole
Cassée
Elargis le champ, vas au-delà de ton visage
un enfant passe, rieur, excité, tirant une petite valise beige
Une femme tente de le rejoindre, essoufflée, sa mère sans doute
tu remarques son rouge à lèvre vermillon
Et si je retirais des couleurs ?
quelque chose, tu le sens, ne cadre pas
tu refermes les doigts, t'enfonces dans le fauteuil
le train s'ébranle
tu ne réfléchis plus jusqu'à la fin des tunnels
Répétitions
Répétitions
Répétitions
la chorégraphie que les mains suggèrent
Sissone, glissade
Balanchine la connaît
En entendant le nom des pas, sans rien montrer
juste leurs noms
chat quatre
tombé, pas de bourrée
Tour extérieur

samedi 13 novembre 2021

"La forêt d'émeraude" fragment 5

 Même si un arbre blanc / solitaire amarré

dans la jungle couverte / la canopée fumante

amer / éphémère / dans la forêt bruissante

transparent aveuglant / frappé par la lumière

mirage entr'aperçu au détour du virage

la route latérite rouge complémentaire

du vert et de l'enfer, et de l'Amazonie 

entr'ouverte

jeudi 11 novembre 2021

a capella

a capella on pourrait dire – parce que dans la

chapelle – le corps à l’intérieur – & l’esprit

dans cet au-delà – l’au-delà des murs – ce qui

surgit et happe – ce qui submerge par la porte

béante – les voix du vent enchevêtrées dans le

feuillage – la houle qui se trémousse – hésite

tergiverse s’entortille – étincelles rouges et

jaunes – échardes vives dans l’œil – puissance

de vie de rêve – longue ondulation de lumière

mouvante – à la fois sombre et vive – dorée et

terne – chaîne et trame – et au sol le linceul

de feuilles mortes – aux voix sèches cassantes

partition ultime de tons au seuil de l’hiver

 

mardi 9 novembre 2021

"Essai sur le fou de champignons : une histoire en soi" *

 Mêm' dans la déchirure distinguer des restants

Cotonneux, palpitants, par la preuve arrachée

Le nid abandonné,l'humus humide et blond

qui aspire et respire, fait le mort pour de bon

filaments translucides des mousses constatées.

Savoir qu'il y eut ici quelque chose qui manque

à la forêt, aux vers, aux limaces résignées

 

Pousser le vide dans ses retranchements.

Et se la couler douce.

 

*(Peter Handke)

Chère Solange

 


Je t'écris une carte postale pour te dire merci de ce que tu nous proposes, et que voici de beaux paysages intérieurs extérieurs.Que Venise n'est jamais loin de nous. J'ai pris cette carte postale à la galerie Une Image, rue de Balzac. Il s'y trouve en ce moment une MAGNIFIQUE exposition "mes paysages noirs" par Bernard Pharabet. Il n'y est pas question de Venise (à part là) mais du ravin de Corbœuf, et de Causse et autres matières qui veulent qu'on les agrippe, c'est vraiment magnifique, bis. Cette qualité de noirs.


à samedi.

Je suis très contente aussi parce que je sais écrire au clavier le "œ"



à la croisée


à la croisée des sentiers – enchâssé dans

la terre – serré fort entre – l’usure des

mots – ce qui fait trace – ce qui résiste

au corps à corps – austères et sèches –

aux voix basses de mousse et de lichens –

granuleuses et tristes – tachetées noires

ancrées dans une sorte de disparition –

les pierres de ce mur écroulé – au bord –

entre tristesse et déchirures – entre une

fraction de seconde et une autre – écarts

comme des plaies – aux blessures ouvertes

- pas de sang sur l’herbe rase – ni pleur

pierre dégringolée du mur qui gît ici –


codicille: ai gardé la préposition à pour commencer, les tirets, l'absence de majuscule, le titre ou ce qui pourrait paraitre tel en dernier. Ai rajouté la présentation en vers justifiés et donc n'ai plus les cent mots pile. Envie d'une forme carrée. Ce n'est pas encore au point ...

dimanche 7 novembre 2021

"Il n'y pas de réponse"

 

Une fenêtre qu'y a t-il ?

derrière une fenêtre ?

Devant une fenêtre ? dehors ? dedans ? le contenant

nu le contenu, nuit allumée, yeux scellés

dans les bras de la mère, à regarder

le marchand de sable sur son nuage

s'enfantômer dans sa poussière d'or

yeux grands ouverts qui grattent

mais pour percer la nuit

la cage de la peur, les monstres sous le lit

les volets qui claquent, la fenêtre qui gémit

le vent, les branches, la fenêtre ennoircie

la fenêtre à minuit, la fenêtre à deux heures

un croissant qui sourit

la mère dans son lit

l'abandon et l'angoisse, les monstres dans le lit

 

Il n'y a de réponse que le matin

samedi 6 novembre 2021

"Reflets dans un œil d'or"

 aimantée du doré, je chemine à mon heure

orpailleuse de la paille dans l' œil de mon voisin

à sculpter dans l'informe je vise le lingot

la lumière qui sourit à l'âme reflétée

turquoise, iroise et vert glauque réhabilité


codicille : toujours à la recherche d'une forme. Ici seulement des alexandrins (si on ne compte pas les e finaux) et en titre, un livre ou un un film ou  une phrase culte entre guillemets. faut voir...

mercredi 3 novembre 2021

l'écume et le lavabo, #1

 Prisonnière de mes mains elle bouillonne. De sa geôle de chair mort-vivante elle  en cherche l'issue. Mise en abîme de sa condition elle retient la lumière. Fragments furtifs de moire pépites de translucide morceaux d'infini cernés d'un mur d'enceinte. Chaque bulle est murmure chaque bulle est un cri. Tous les ailleurs sourdent à la carapace fragile qui se tord se fissure. L'eau qui coule continue son travail de sape. Combien d'îles lointaines combien d'oiseaux nichant à l'ombre des grands arbres le long des berges obscures vont mourir trop tôt dans le tuyau obscène!

codicille: ma contrainte,
-fragment en 100 mots.
-contrainte amenée à évoluer,se transformer...



mardi 2 novembre 2021

Festival "Sillon" : les couleurs

Truinas

 

 

Route de Félines

Faute d'avoir pris le temps de vous rejoindre dans ces nouvelles consignes, nous avons levé le nez de nos cartons dimanche après-midi pour souffler. Le festival "Sillon" offrait, durant une quinzaine de jours, de nombreuses expositions dans les villages entourant Saoû (Rochebaudun, Félines sur Rimandoule, Francillon, Truinas ...). Nous avons visité l'atelier de la peintre Noémi Adda, admiré les paysages dans lesquels elle vit et qu'elle ne se lasse pas de peindre. Les mêmes que ceux où vivait André Dubouchet, où il repose dans le petit cimetière. Une pensée pour vous.