jeudi 31 mars 2022

Ronde.


 Le monde gronde sous l'uniforme nauséabond qu'ils réandossent chaque matin. Les plaies béantes de leurs vies s'entrechoquent et recouvrent leurs corps torsadés d 'un magma verdâtre plissé des strates de la détresse. Du rempart impénétrable des murs s'échappent les lichens souffreteux correspondance factice avec leur peau tannée des longues enjambées dans la nuit et le temps. Un pas un autre pas sans savoir le pourquoi surtout taire le comment. Les dimensions du pied l'écartement des jambes n'ont pas de place ils mesurent le vide. L'abysse des regards plaide l'incompréhension dans l'ombre de la ronde. Morne illusion d'une rotation de la Terre qui ne les connaît plus.

( Vincent Van Gogh  La Ronde des prisonniers  1890)
d'après Gustave Doré  Huile sur toile 80x64
Musée Pouchkine, Moscou.



mercredi 30 mars 2022

Paysage intérieur

 


 


Paix des moutons broutant le vert-pomme de la clairière

Equilibre et verticalité des arbres

Tendresse et douceur des couleurs et de leurs accords

Trait d’union ciel et terre des deux oiseaux blancs

au mouton de tête qui sait qu’ils sont là.


Tableau chinois offert par ma belle-fille Pauline

Que j’aimerais connaître la signification des caractères chinois en bas à droite


dimanche 27 mars 2022

Peindre les hommes tels qu'ils sont à l'intérieur

 Acceptons de lire ce triptyque comme un livre, c’est à dire de gauche à droite puis en refermant les deux panneaux latéraux

Volet de gauche, premier plan :

 



Adam et Eve masquent

dans un geste de pudeur

leur sexe d’un comique « gant de toilette ».

Corps nus mais non vulnérables

Ils n’osent pas se regarder.

Leurs lèvres ne sont pas de coquelicots.

Voudrait-on nous faire croire

à un monde idyllique

celui du paradis perdu ?

Réponse très vite donnée par les panneaux suivants.


Volet central, centre et premier plan :

 



La pomme rouge cordiforme

transpercée de part et d’autre par un ver :

Le ver est dans le fruit

l’avidité ronge l’homme de l’intérieur

Il se rue à mort sur les biens illusoires

du chariot de foin.

Une rixe entre les deux roues du chariot :

Grouillement stérile des humains, entrain de s’égorger,

pour un fétu de paille.

Enchevêtrement de bras et de jambes,

carnet du carnage

écarlate et carmin

rupture des cartilages


Volet droit : La cavalcade des démons

 



L’humanité va à sa perte par sottise

convoitise et ignorance,

eux-mêmes poisons et sources

de tous les errements et de toutes les souffrances

dont aucune médecine jamais ne la délivrera.

Seule la vache

représentant la nature

est sereine

et ouvre une porte à l’espoir

d’une sortie possible de la souffrance.

Un sang d’une douceur insolite

semble couler dans ses veines.


Triptyque fermé : 

L'enfant prodigue (détail)

Le fou errant

Le fou errant (détail)


« Le fou errant » ressemble à s’y méprendre

à un de ses derniers tableau « L’enfant prodigue ».

Même accoutrement et vêtements en haillons

même bâton de pèlerin

même corbeille d’exilé sur le dos

même posture fuyant l’humanité

même petit chien et arbres derrière lui

seule diffère l’expression du visage

plus torturée

au dos plus courbé.

C’est l’ermite, le vagabond

en fuite vers le silence

loin des sottises et convoitises

celui qui choisit la voie ardue de la solitude.

Misérable et princier

loin du grouillement de la foule

en qu^te de sa vie intérieure

plutôt que des biens matériels.

Cet errant est entrain

de se ré-inventer.

Le cosmos est son campement.





mercredi 23 mars 2022

à bout de bras

à

bout de

bras du bout

des doigts les fils

tirés du jour aux rais

d’un soleil dont la terre

tressaille sans murmures

un monde suspendu de la peau

de draps frais aux ombres de miroir

qui scintillent quand un ici respire puis

expire un ailleurs – et la pulpe des doigts

irriguée d’un sang de solitude épaisse s’agite

et se répand se dilue et se perd jusqu’à refaire

ce qui serait le monde ou le commencement d’un

autre – celui dont chacun rêve et qui se crée avec des

mots des mots écrits à l’encre rouge en lettres capitales

avec des pleins et des déliés pour donner bonne mesure et

échancrer les reliefs et les creux toutes les splendeurs décrues

 

Le tableau qui a servi d'ouverture est celui de   Caspar David Friedrich : Femme dans le soleil du matin/ huile sur toile/ Essen ( 22x30) 

Les contraintes d'écriture sont les mêmes que pour les fragments écrits à partir de Bosch.



 

dimanche 20 mars 2022

Portrait de Madame Redon brodant (Odilon Redon)

Des mondes vides et calmes

Le sang s'est retiré

Madame Redon brode et pense à ses amants

L'araignée souriante lui apporte du fil

Le ciselage aigu du cri des sémaphores

Le motif éperdu sur la chasuble d'ange

Sur sa peau de drap frais Madame Redon brode

Ecrivant son histoire au point de croix compté

Ce que l'on n'a pas vu on se risque à l'entendre

Les vagues se fracassent à ses tempes assourdies

Pénélope à ses heures

Le goûter étant pris 

Jeune Odilon timide

sous ses jupes vertige

Les grands rideaux des ombres 

les noirs de ses envies

Sa peur pour tout visage

et les coquelicots

des lèvres de sa mère

pour terrible alibi.

Madame Redon brode et tisse des silences

Lui en fait des tableaux

Son enfance s'écoule en élixir doré

qu'il dépose plus tard

dans les bleus dans les livres

les bouquets d'anémones

le monde rendossé

les vagues torsadées

Madame Redon brode

son fils à ses côtés

les bouquets sur les tables embaument en secret

un pétale s'étale une fleur se défait

dans les cheveux si noirs une fleur a poussé

Aucun air de famille

et l'araignée sourit

et le bouddha sans date au bord de son jardin

Sur un rail d'étincelles

au fond du pot aux roses

se joue notre destin


Odilon Redon
Portrait de madame Redon brodant
En 1880
Pastel sur papier
H. 58,0 ; L. 42,0 cm.

© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

  • Jusqu'en 1982, dans la collection de Mme Arï Redon, née Suzanne Dujardin
  • 1984, accepté par l'Etat à titre de legs de Mme Arï Redon en exécution des volontés de son mari, fils de l'artiste (comité du 24/06/1982, conseil du 30/06/1982, arrêté du 13/07/1984)
  • 1984, attribué au musée d'Orsay, Paris

à cor et à cris

à

cor et

à cris et

l’âme d’effroi

pleine lorsque les

flammes de partout se

répandent et s’arriment au

ciel en un carnage écarlate et

carmin – leurs lèvres se diffractent

en pétales de coquelicots d’où s’évadent

rêves broyés songes sulfurisés espérances

sauvages pensées de pacotille ou de pétillement

et les flammes plus hautes et plus intenses en vagues

toujours plus denses effacent le suintement des couleurs

les souffles et les soupirs le noir de la douleur et même le gris

du jour et le frisson de l’aube – tout est perdu comme le temps qui

passe avec ses illusions et ses poussières de bleus même un peu gris

tout est calciné incinéré effacé sans plus laisser de traces qu’un silence blessé



 

samedi 19 mars 2022

 Chacun vaque à sa vie, 

par deux, par trois, en solitaire

L'enfant califourchon

sur le torchon

Le torchon sur les cuisses

De la nourrice

de la main gauche elle puise 

l'eau dans la jarre cuivrée

l'équilibre est précaire pour ce marmot fessu

sa tête escamotée par la main qui appuie

à moins qu'il n'en ait pas ?

et pas plus que de bras.

Son cul proéminent absorbe la lumière

puisée à même l'eau dorée de la cuvette

Est-elle fraîche cette eau ? par ce beau jour d'été ?

 

Chacun vaque à sa vie, et à sa mort aussi

chacun à son affaire, le voisin égorgé

le chien en rond couché, le cochon avisé

chacun sa mer à boire, sa solitude épaisse.

explorer sous les jupes, accoucher d'un néant

ou d'une apocalypse au visage d'enfant

A l'orée des vacances les embouteillages

Cauchemar du quotidien 

de la vie vitrifiée

chacun jouant sa scène hors sol de son voisin

les gestes suspendus, les flaques de soleil

les fils des marionnettes retenus par les bras

du tout-puissant trônant 

à l'auvent bleu du ciel

jeudi 17 mars 2022

Le Renvoi.

      La joie vissée à leur peau de drap frais princes nomades foulant un pays de promesses ils quittèrent le paradis terrestre signant de la plante du pied l'abandon de leur jardin d'éden. Derrière eux des flaques de soleil des touffes d'herbe remuées les houppes des eucalyptus et leur odeur enivrante et poivrée. Pourtant ils fuyaient  le paradis-prison il leur fallait en retirer les lettres au fronton de leur béatitude. La monotonie des jours dits-heureux un exutoire à l'appétit de vivre une impression à réinventer. Le cosmos s'ouvrait à eux il ne fallait lui rajouter que sa ponctuation lui insuffler des accents facétieux des points sur les i transgressifs. La peur pour tout visage mais la joie ventrale la terre dont leurs yeux étaient faits et le sexe vigne-coquelicot ils devinrent indéfiniment émerveillables.

L'attelage.

      "L'attelage démoniaque" poussé par des diables ardents avance en claudiquant sur les limites de la Vie. Pessimistes anxieux ahanant ils soufflent-souffrent perclus des rhumatismes de la jouissance gavés de l'opprobre des bien-pensants exclus d'un paradis oisif et fleuri soumis à l'herbe sèche du chariot de foin. Ils régurgitent les brindilles autant de pages mal digérées de leur existence d'en-bas et le tapis de paille piquant corps et esprits les conduit à l'enfer au-delà promis aux trop-vivants. Squelettes ou de blanc vêtus devenus bêtes aux yeux d'humains debout courbés écrasés par le poids de leurs vices-vertus les roues les précipitent  vers leur fin misérable.

mercredi 16 mars 2022

à la poursuite

à

la poursuite

de ses illusions

chacun cherche à

grappiller par-ci par-là

quelques brins de ce foin

monté du fond des ombres

détacher de ce bien commun

sa part de félicité – une possible

promesse d’une vie sans problème

des songes de désirs et d’envies enfin

réalisés – un brin encore un brin de cette

manne à tenir entre ses doigts comme un rail

d’étincelles au sein de cette horde d’hommes et

de femmes tous plus avides les uns que les autres

se mouvant se déhanchant dans cette carnavalesque

épopée – chacun cherchant à s’emparer d’une part et la

meilleure oubliant que toute chair est comme l’herbe et se flétrit

 

Codicille: klasma écrit face au volet central du Chariot de foin. Mêmes contraintes que précédemment.



 

mercredi 9 mars 2022

à la grâce

 

à

la grâce

d’un dieu ou

d’une vision d’aura

peindre sur les voies du

visible ce qui n’est que rupture

séparation dispersion dislocation

toutes ces plaies béantes au sein de

nos existences – l’esprit éperdu dans le

livre des choses aux sens inattendus entre

la chute des anges en cohortes d’insectes qui

s’extirpent d’eux-mêmes – la femme qu’on extrait

de la côte du premier homme – ce péché qui les fait

se séparer d’un dieu tout puissant et qui se concrétise

par l’expulsion d’un paradis où le rocher évidé qui en clôt

l’entrée est barré par un ange guerrier aux ailes acérées pour

dire toute la violence déjà là promise et comme une annonce de

cette lutte de toute éternité entre les états d’être à l’intérieur de soi

 

Codicille: Toujours autour du Chariot de foin de Jérôme Bosch , volet de gauche, avec les mêmes contraintes que dans le klasma précédent .



lundi 7 mars 2022

à la croisée

 

                                                                

à

la croisée

des soi déchirés

vagabond en césure

dans l’errance de l’errant

mité de miroirs en léthargie

œil visionnaire couvert d’ombre

nostalgie d’un héros qu’il n’est pas

voûté et titubant – transpercé de doutes

de folies de bassesses de souffles contenus

de tout ce qui sépare écartèle l’esprit et le corps

sans faire tressaillir l’herbe ni s’envoler les oiseaux

sans trouver de réponses aux questions ni à leurs échos

tâtonnant entre le gris de maure et la terre d’ombres longues

entre lui et lui et ses nombreux autres soi dont il ne sait plus rien

égarés dans les méandres du chemin – tombés dans des abîmes

privés d’étoiles dont il a sans doute oublié tous les désirs les espoirs

il avance vermoulu – ouvert et dévoilé – il avance pour survivre vivant

  

Codicille/ 9 contraintes: expression qui commence par à/ à seul sur la première ligne/ disposition en pyramide/ nombre de vers fixe(18) pour la série en pyramide/ pas de majuscule/ pas d’autre ponctuation que le tiret/ insertion de bouts de phrases pris dans la lexithèque/ allitérations sans le dernier vers/ une contrainte secrète

dimanche 6 mars 2022

Il y a une jarre suspendue

contrainte: il y a / pas de ponctuation / créer une sorte de "porte" / lecture possible entre fin et début de phrases en ligne

Le chariot de foin

On entame un nouveau cycle d'écriture, toujours dans notre rubrique klasmathèque, qui, je le rappelle, travaille à se pencher sur des petits bouts de choses vues, qui ont happé notre regard, et que l’on se met à collectionner.

C’est une manière de dessiner son propre paysage intérieur avec ces klasmas que l’on pourrait définir comme quelque chose de furtif qui est apparu, nous a sauté aux yeux, avec quelque chose de dense à l’intérieur et qui se fait un peu miroir de notre propre état intérieur.

Nouvelle série donc autour d’œuvres peintes. Et nous commençons avec un triptyque de Jérôme Bosch «  Le chariot de foin ». Triptyque certes, mais avec les panneaux fermés apparaît un quatrième tableau. 

Donc la proposition d’écriture va tourner autour de ces quatre visions : quatre klasmas à écrire, c’est à dire se concentrer sur quatre détails (un par panneau) en gardant toujours en tête l’idée des contraintes qui épousent l’écriture, ou dont l’écriture s’enrobe pour creuser davantage.


 
(Photos prises sur internet)

 

mercredi 2 mars 2022

à l'arrière-plan

à

l’arrière-plan

d’un monde dont on

ne sait pas grand-chose

mais qui continue de poser

question – le regard ne s’ouvre

qu’à demi – sur les reflets de vieux

papiers jaunis – aux couleurs désuètes

et surannées – mais dans une inlassable

naissance – à nous remettre encore au monde

et tenter de voler avec les voix du vent ce qui encore

palpiterait au bord de nos chemins – ou ce qui au fond

de nous émerge des entrailles de la nuit avec un peu des

leurres des lueurs du jour – et des couleurs qui suintent sous

celles déjà enduites – certitudes qui vacillent dans l’empâtement

de paysages en clair-obscur – aux glacis aux lavis aux ombres aux

repentirs aux textures aux camaïeux aux vernis aux aplats aux matières

tout ce qui se crée derrière le rideau des pupilles où l’infini clapote encore


Codicille: 9 Contraintes liées à la deuxième série autour d’œuvres peintes

travail sur le détail/ expression qui commence par à/ à seul sur la première ligne/ disposition en pyramide/ nombre de lignes fixe : 18/ pas de majuscule/pas d’autre ponctuation que le tiret/ insertion de bouts de phrases donnés/ une contrainte secrète