jeudi 9 août 2012

Chez les soeurs "Orantes de l'Assomption"

 
Après Lomé -capitale du Togo- nous continuons direction Nord-Ouest et sommes maintenant à Kpalimé, petite ville d'artisanat dans une région qui est un grenier à fruits et légumes,tout près de la frontière ghanéenne.
Kpalimé, son Centre de Formation Artisanal, son marché n'est pas mon sujet aujourd'hui, mais les soeurs « Orantes de l'Assomption » quartier Kusuntu à Kpalimé. En cherchant un lieu calme où loger (j'étais un peu chancelante souffrant d'une tourista), nous avons atterri chez ces soeurs congolaises, « soeurs contemplatives, ouvertes au monde », ainsi se sont-elles définies. Elles gèrent un centre, le Centre Eménéfa ; n'ont pas d'activité à proprement parler, si ce n'est quelques cultures vivrières ; l'essentiel de leur activité est la prière ; comme ressources le centre est équipée de dix-huit chambres qu'elles louent, rarement.

En pénétrant dans ce lieu, en bordure de Kpalimé, j'ai aussitôt dit  « Je ne rentre plus jamais nulle part, je me fais soeur, je reste ici ». Vocation bien tardive certes mais tout à fait sincère à ce moment-là.
Le centre s'étire le long d'une rivière, bordée de bambous géants, flamboyants, tecks, bananiers, manguiers, fromagers, dans un champ ombragé, entouré de collines boisées. Les seuls sons que l'on entende sont l'eau qui coule dans la brousse, les oiseaux, les criquets … et … le silence.

Sommes-nous encore en Afrique ? Où sont passées les motos qui pétaradent,les gens qui s'interpellent, les chèvres qui bèlent de faim, les enfants qui se chamaillent, les femmes qui se disputent ? Ni bruit, ni poussière. Une immense paix, la fraîcheur, la verdure.
 
L'Afrique est usante si on est fatigué et si on a besoin de repos. Soeur Lucile nous explique qu'elle a cessé d'écouter les nouvelles de son pays, du monde en général. En Côte d'Ivoire, son pays, la guerre est continuelle, les membres de sa famille n'ont que des plaintes quand elle les appelle. « Cesser sinon, on ne peut plus se recueillir et être en paix » dit-elle.
Nous louons trois chambres extraordinairement propres et fraîches pour 3500 F CFA la nuit. Des chambres toute blanche, quelques fleurs aux rideaux et sur le lit, une moustiquaire blanche et fluide, une bougie sur la table – car, oui il y a une table où écrire, inouï, et, un placard qui ferme – une douche-sanitaire individuelle et impeccable.

Je fais une longue sieste et dans mon demi-sommeil montent les chants des soeurs accompagnés d'instruments de musique qui s'évadent de la chapelle. Suis-je au paradis ? Ce sont encore des chants qui me réveilleront le matin suivant.
Au réveil, requinquée, de la longue promenade desservant les chambres, j'aperçois, sur un fil, un bel oiseau noir et blanc avec de très longues plumes égales à trois fois sa taille sur la queue. Très vite, le soleil se couche, nous sommes près de l'équateur, les jours égalent les nuits tout au long de l'année.
 
Je me réveille à six heures (deux heures de décalage entre le Togo et la France, il est donc huit heures pour mon organisme) dans un paysage digne de la Jasserie (42) : le brouillard enrobe toute la nature, l'air est humide et frais, la paix totale et le petit déjeuner qui nous attend dans la cuisine fumant.
Pourquoi les bruits de Kpalimé, pourtant si proche, ne viennent-ils pas jusqu'ici ?
Et c'est de Kusuntu que nous partirons pour la balade botanique avec Prosper et c'est encore ici que nous resterons une nuit supplémentaire, ne nous résolvant pas à partir.

2 commentaires:

  1. Les Orantes, j'entend d'ici leurs chants, dans quelle langue chantent-elles, je ne sais pas, et les mots du silence.

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  2. Je crois qu'elles chantaient en français, mais c'était trop paradisiaque pour vraiment "saisir" les paroles, c'étaient des chants dans l'atmosphère.
    A Kpalimé, la langue est l'éwé, à Abomey, le fon.
    Il existe encore beaucoup de langues selon que l'on se déplace, Dieu merci

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