dimanche 12 août 2012

Road movie (1° partie)


Outre la chaleur humide qui vous enveloppe dès la sortie de l'avion (nous sommes en saison des pluies, le climat est très agréable pour un européen qui aime la chaleur et bénéfique pour les articulations), la circulation et l'état des routes sont frappantes et le restent, le séjour avançant, le dos, la nuque refusant de plus en plus les chocs perpétuels.
Dès Cotonou, en quittant l'aéroport, il nous est impossible de rallier Abomey par la route directe. Celle-ci est devenue impraticable à cause des cratères continuels creusés par l'intense trafic, les deux saisons de pluie annuelles et le manque total d'entretien (où partent les budgets votés pour leurs réparations ?? C'est une autre histoire, celle de la corruption lourde et omniprésente). Nous devons donc contourner par l'Est en direction du Nigéria et passer par Porto Novo.
 
Plusieurs kilomètres et une consommation d'essence supplémentaires qui en valent bien la peine, compte-tenues des heures en moins à rouler et de la fatigue épargnée.
Rapidement, on est dans l'ambiance, pas de trajets ici sans de multiples péripéties pour des raisons de mode de vie, mentalité, pannes, barrages routiers, sollicitations diverses, fatigue … Nous mettrons donc environ un jour pour rejoindre Abomey à 170
kms : banque, change, courses diverses, achats d'oranges, bananes en bord de route, zig-zag pour éviter les trous, les chèvres, les piétons, achat d'eau minérale, traversée de villages jour de marché, croisement ou doublement de titans (énormes camions remontant aux années 60), arrêt dans une coopérative pour déguster un succulent repas européanisé (riz, poisson, frites) et pour acheter sirops et confitures locales, le clou fut l'achat d'un réfrigérateur par mon amie. Celui-ci ne rentrant pas dans la 505 break, malgré les multiples essais commentés et l'aide des passants, quelqu'un hèle une mobylette, on cherche des ficelles, le réfrigérateur est arrimé sur le porte-bagages et le voilà parti sous nos regards un peu inquiets.
A cause de tous les trous et obstacles sur la voie, les véhicules roulent à droite ou à gauche, on est doublé par la droite, croisé par la droite puis on reprend sa file jusqu'au prochain obstacle. Par chance, il fait sec aujourd'hui. Les mobylettes et petites motos sont omniprésentes, sans plaques, sans casques, sans assurances, elles sont partout. De nombreux « zems » -taxi-moto que l'on reconnaît à la couleur de la chemise du conducteur (tous orange, tous bleu, tous jaunes, on les repère facilement)- sillonnent les villes, les routes et vous conduisent où vous voulez pour quelques francs CFA. La moto est aussi un véhicule familial, on s'y installe à quatre, voire six sans vergogne, un enfant sur le moteur, le conducteur, deux enfants derrière, la femme qui vient caler tout ça, et le petit attaché dans le dos, le compte est bon, ou charie d'énormes charges (tout l'art étant de les fixer) ; parfois, seulement deux personnes, la seconde ayant placé une charge volumineuse sur sa tête.
 
A Lomé, capitale et centre économique du Togo, où le trafic est particulièrement dense, lorsque l'on s'arrête à un feu rouge, quelques minutes suffisent pour que 20-30 motos pétaradent devant vous quand il n'y en avait pas une seule à votre arrivée.

Lorsque l'on traverse un bourg le jour du marché, toute la route est encombrée, piétons chargés, charrettes, titans, animaux, enfants, autos, nombreux trous et pour éviter tout cela « On ne badine pas avec le klaxon » me dit Patrice.

Nous avons fréquemment voyagé : au Nord, Dassa, Savalou ; sur la côte Atlantique, Grand Popo, Ouidah ; au Togo et lors d'un de ces déplacements, j'ai noté sur une demi-journée (en fait à peine 150 kms) tous les arrêts volontaires ou contraints. A peine une demi-heure après le départ, ralentissement, un énorme titan est renversé sur le bas côté, toute la marchandise a roulé sur la voie. Plus loin, un barrage routier : nous transportons des caisses de matériel scolaire que nous devons livrer, celles-ci sont visibles et des policiers veulent contrôler. Les barrages routiers sont nombreux : policiers, douane, mieux vaut être en règle, déférent et avoir quelques billets à tendre. Parfois, une corde tendue en travers de la route, ce sont des réparateurs de route improvisés qui ont décidé de prendre une pelle, de remplir d'un peu de terre quelques trous pour gagner quelques pièces. Mieux vaut rouler sur la ficelle qu'ils abaisseront à la dernière seconde, car ils sont fréquents, tenaces et hargneux si vous ne cédez pas à leurs pressions, sans omettre les coupeurs de route, individus malhonnêtes qui vous arrêtent, vous menacent pour quelques billets. Nous n'avons eu à faire qu'une seule fois à eux : nous étions seules, Renée et moi, assises dans la voiture au bord d'une route en pleine campagne, notre chauffeur étant allé se soulager dans la brousse. Ca nous a coûté quelques sous, une des nombreuses raisons pour lesquelles mieux vaut s'abstenir de rouler la nuit. Une heure plus tard, nous nous arrêtons dans une ONG pour décharger le matériel scolaire que nous devons livrer : chants d'accueil des enfants « Bonne arrivée... », attente des « officiels », discours, sortie du matériel, photographies pour preuves, discours, visite de l'ONG, chants d'adieu des enfants...
Puis, il faut se détourner de notre route et aller visiter Séverine qui a besoin de lunettes que nous avons en nombre dans notre coffre : paroles de bienvenue, d'amitié, verre d'eau qui circule, essais, re-formules de départ.

Première panne : Patrice ouvre le capot, observe, « C'est la courroie » conclue t-il, qu'à cela ne tienne, posté en bord de route il hèle un zem, se fait conduire jusqu'à la bourgade voisine où il avait déjà repéré un mécanicien, reviennent à trois sur le zem, cinq minutes, c'est terminé. Le mécano repart avec le zem, coût total : deux milles F CFA (trois euros), zem compris. Il est midi, nous avons quitté Abomey à 7h30. Mais quelle vie palpipante et riche nous avons vécu pendant ces quelques heures. La route béninoise nous immerge dans un univers aux multiples dimensions, en une expérience heuristique, kaléidoscopique, nous la vivons avec les tripes, le dos, la vue, l'ouïe, l'odorat, chaque sollicitation entraînant une infinités de ramifications où se mêlent l'espace, le temps, les sens … Le spectacle se déroule tant sur qu'aux abords des routes, on y croise la mort, la vie, dans toutes leurs couleurs et leurs zones d'ombre. Comment ? Dormir ? Comme dans ces voyages où l'on repose la tête mollement posée sur un appui tête dans un réceptacle presque neuf, insonorisé, aseptisé et air conditionnarisé, devant un paysage qui défile à toute allure où le seul spectacle sont les panneaux de signalisation et les péages d'autoroute ?

 

1 commentaire:

  1. On pense à "L'explosion de la durite" de Jean Rolin, chacun a sa manière, mais les projets sont comparables. Dire objectivement à partir de sa propre subjectivité, le monde tel qu'on le voit, tel qu'on le traverse, tel qu'on l'expérimente, mais avec la plus grande honnêteté possible.

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