jeudi 31 mars 2011

Réponses envoyées au Journal

Réponse à l'annonce n° 300 parue dans le Chasseur Français 01/1920

Monsieur,

Après mures réflexions, je me décide à répondre à votre annonce car, comme me le répète mon père depuis plusieurs jours, il semble que nous soyons assortis et que nos deux profils s'emboîtent comme pêne et gâche.
Je suis fille unique, mes parents vieillissant voudraient que mon mari et moi reprenions la petite et prospère exploitation maraîchère que nous possédons en bord de L'Esves, ainsi que l'entreprise de menuiserie, cercueils en tous genres - située au centre de Marcé-sur-Esves - dont nous sommes propriétaires. J'ai 35 ans, n'ai jamais été mariée et suis vierge de toute tache, catholique pratiquante. De plus, comme vous, ma légère claudication ne me handicape pas du tout pour mener une vie normale, je suis travailleuse, dure au labeur et ne ménage pas mes forces.
Pouvez-vous me dire de quel côté se situe votre claudication et où elle se situe exactement ? Est-ce votre hanche ? Le genou ? Une jambe plus courte que l'autre ? Dans le catalogue Manufrance, on trouve toutes sortes de chaussures compensées qui permettent de masquer de nombreuses claudications. Quant à moi, ma claudication se situe à gauche, elle provient d'une coxalgie contractée dans ma petite enfance et selon le côté de la vôtre, en nous tenant par le bras, nous serions un couple tout à fait équilibré. Je suis gaie de caractère et enjouée et je sais que les jardiniers sont en général des hommes patients, pacifistes et persévérants.
En attendant votre réponse, je vous adresse, ainsi que mes chers parents qui m'accompagneront à un éventuel rendez-vous, mes plus respectueuses salutations.


Réponse à l'annonce n° 259 01/ 1920
Vous cherchez quelqu'une ayant dot, propriété ou commerce, Paris ou Province et demandez des détails. J'ai 46 ans, brune, 1m62, assez jolie dit-on de moi, trop occupée par mon commerce, « une mercerie » d'excellent rapport, je suis malheureusement restée célibataire car pendant la semaine je n'ai pas de temps pour sortir, et en fin de semaine, je suis trop timide pour aller au bal. Je vis dans un appartement qui m'appartient au-dessus du commerce au coeur de la belle ville de Guéret.
Mon commerce pourrait s'agrandir si quelqu'un s'occupait des comptes, des commandes et livraisons, mais je tiens à vous préciser d'emblée que mon espoir est que vous ne soyez pas quelqu'un d'intéressé, parce que si l'appât des revenus est votre principale motivation, je préfère que nous ne poursuivions pas et que nous en restions là.
Vous semblez ne pas craindre les taches, hé bien j'en ai de nombreuses : dès que le soleil paraît, étant rousse, mon visage et mes bras se criblent de taches de rousseur du plus bel effet pour qui est amateur. A un endroit de mon corps que je ne peux vous indiquer ici, j'ai également une grande tache de vin, adorable me disait ma mère lorsque j'étais petite fille. Vous voyez que je suis franche, j'attends donc de votre part la même franchise. Donnez-moi des détails sur vous-même, vos attentes, vos goûts, vos activités. Pour la réponse, je vous joins l'adresse du prêtre qui m'a baptisée et qui est aussi mon oncle en présence duquel, nous pourrions, si poursuites et affinités, nous rencontrer.
Veuillez recevoir, Monsieur, mes sincères salutation.


4 commentaires:

  1. la première me fait penser à la rencontre entre deux dahus!
    la seconde ben... petites taches sympathiques, ça va, le monsieur va prendre !

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  2. je n'arrive pas à y croire !!
    c'est du vrai ??
    ou c'est toi ange, qui a répondu ?

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  3. il y a des histoires vraies de courriers qui n'arrivent pas, ou alors si 30 ans, 40 50 ans après. A un moment j'avais imaginé un peu une histoire à raconter sur cela, mais ça a dû être fait et refait alors j'ai laissé tomber. Mais des réponses d'annonces arrivant peut-être des années 20 mais des années 75-80 à maintenant? ce serait peut-être pas mal...

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