mardi 23 octobre 2012


A short Chaufferette's story

Mon métier fut un métier de chien. En effet, les hommes contemporains de mon époque d'activité, tendaient vers le feu leurs pieds entortillés de chiffons, par la suite habillés de chaussettes de laine, après les avoir retirés des sabots de bois, puis plus tard des bottes de caoutchouc. Lorsqu'ils passaient à table leur chien, et c'est là que nos métiers se rejoignent, souvent venaient se coucher sur leurs pieds l'hiver. Pour réchauffer les leurs, délicats, les femmes, elles, m'utilisaient, une fois mon ventre de fer gavé de braises brûlantes, durant les veillées et les journées où elles devaient travailler à la table pour quelques fabrications de commande, broderie, chapelet ou fleurs artificielles, croix et couronnes de perles de verre à déposer sur les tombes. C'est ainsi que je vis passés quelques générations de pieds de toutes les sortes, des droits, des plats, des crochus, des tordus, des élégants, des altiers, des fiers, des humbles, des déformés par la maladie et des parfaits. Ah! délicieux moments passés sous des effleurements lissant à force de caresses mes éléments de bois protecteurs qui de brut devinrent sous les cajoleries tendre aussi lisses et luisants qu'un vieux meuble amoureusement ciré.
Hélas, ces temps-là sont révolus. De nouveaux appareils de chauffage ont fait leur apparition et condamné les chaufferettes à l'oubli, sonnant ainsi le glas de leur utilité, entraînant par là même leur destruction massive.
Je ne dois d'être en vie qu'à la piété filiale qui me sauva de la décrépitude.
Mais prenez garde, êtres humains, qu'un jour on oublie à quoi vous serviez, et qu'alors quelques plantes vertes, ou quelques pierres ayant surpassé l'homme, leurs descendants ne vous envisagent avec un air tout aussi dubitatif que celui que vous affichez lorsque vous m'examinez aujourd'hui.

2 commentaires:

  1. destruction massive de chaufferettes : 3 morts et 150 000 blessés, sans compter les disparus et les grands brûlés.

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