samedi 13 octobre 2012

Aux hommes

 
Mon métier est un métier d'homme.
Il nécessite jeunesse, souplesse, absence d'arthrose car il se pratique à genoux, dans une position relativement inconfortable mais récompensé par tant de plaisirs suaves qu'aucun ne saurait l'égaler. Un seul inconvénient, il est saisonnier, on ne peut l'exercer que lorsque les températures commencent à chuter suffisamment pour que ces dames commencent à avoir leurs menus pieds tout froids. Par conséquent, sa pratique est inexistante sous les climats tropicaux.

Je remplis une chaufferette métallique - délicatement ouvragée – de braises rougeoyantes et scintillantes. Je referme son couvercle surmonté de trois tasseaux de bois et le prends par sa poignée de bois. Ce chauffage portatif et individuel en main, je propose mes services aux belles dont je vois les joues ravivées par le froid, celles dont le bout du nez est rougi par le frimas, celles qui soufflent sur leurs doigts en accélérant le pas, celles qui tapotent des pieds pour réchauffer ces doux animaux blottis dans deux bottes d'agneau garni.
Une fois, arrivés chez elle, une fois qu'elle est installée dans son fauteuil, je glisse sous ses jupons l'heureux objet brûlant, j'installe délicatement ses doux petons gelés sur la bouillote, puis je me glisse à sa suite dans les froufrous, et blotti là-dessous, dans le noir, le douillet et le chaud, j'attise les braises avec beaucoup de doigté. Il ne faut ni souffler trop fort, ni laisser la braise s'étouffer : tout un art délicat à pratiquer à quatre pattes. Art du souffle qui attise mais point trop. Discret. Retenu.
Avec beaucoup d'expérience, j'ai appris à souffler très lentement et longuement et à inhaler à pleins poumons les parfums délicieux et parfumés là-dessous prisonniers, ces sucs révélés par la douce chaleur des braises de bois tels ceux d'une volaille annoblie par le foie gras glissé sous sa peau et qui mijote lentement au coin du feu, des heures dans une cocotte.
Je suis totalement récompensé lorsque j'entends le souffle lent et régulier de la dame qui règlant sa respiration sur la mienne, s'est assoupie.
Mon métier est vraiment un métier d'homme.

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