mardi 19 mars 2013

,elle dit

C'est dans une maison qu'on est seul, elle dit. Et pas au-dehors mais en dedans.
Et aussi dans son corps, elle dit. Quand on ne sait pas si homme ou femme on est.
Parfois je suis un arbre aussi, elle dit. Quand les lieux de l'herbe errent dans les contes d'hiver.
Depuis si longtemps esquissée en sanguine, je saigne, elle dit. Sur la toile devant un groupe de jeunes gens qui rient, boivent, mangent, ignorant tout de ce qui coule en moi.
Parfois je ne suis rien, elle dit. Que le visage où l'écroulement silencieux d'un monde aurait commencé .
Et j'attends, elle dit. Quand un regard douloureux saura déchiffrer entre les traits pâlis de ma peau un peu de ce que fut ma vie.
Une peau blanche comme la neige, elle dit. C'était ainsi à cette époque; le soleil était proscrit à Paris, à Nice ou à Wall street. On ne choisissait pas.
J'attends, elle dit. Qu' un regard de mort subite me défigure à la manière d'un verre d'arsenic bu en un souffle.
J'attends, elle dit. Que dans ma chevelure aux entrelacs tressés et parfumés à la noix de coco,  un visage se noie sans résister.
J'attends, elle dit. Que l'arbre qui pousse en moi depuis tant d'années extraie enfin ses racines où se perdrait un informaticien et arpente les territoires de soleil où j'aimerais reposer.
J'attends, elle dit. Que les failles de lumière dament les pistes où poursuivre la quête, même paranoïaque, entre souvenirs inventés et rêves réalisés.
J'attends, elle dit. Que la maison où se finira mon existence dénuée de talent, remplisse dignement sa mission: être le réceptacle d'une solitude assumée, sans aucun préjugé.
J'attends, elle dit. Dans cette semi obscurité, pleine d'odeurs poudrées, dans ce corps que je ne sais pas. Et je ne souris pas. 

2 commentaires:

  1. Quel style ! Quelle vigueur ! J'en ai le souffle coupé

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  2. faut dire le texte oralement, swing, jazz, bijou à proposer à la belle Youn Sun Nah : http://www.youtube.com/watch?v=J1rpATNDIqo

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