jeudi 20 juin 2013

Départ différé

Ce matin, le ciel est si bleu, mon coeur si gonflé, ma soif d'ailleurs si forte que, plus encore que d'autres jours, j'ai, non seulement envie de mettre les voiles, larguer les amarres, m'échapper d'ici, mais d'enfourcher ma machine à explorer le temps. Changer d'horizon ne suffirait pas à assouvir cet impérieux appel d'air.
Par une porte basse dans une maison génoise d'où suinte la ferveur de la mélancolie, je me glisse et mets en marche la machine à rêves. J'introduis les différents paramètres : ciel, identique à celui de ce jour ; chaleur, heure matinale et luminosité, également. Je modifie personnages, décor et époque. Pour cela, je dispose en tout et pour tout d'une pointe de crayon, d'une gomme et d'un petit calepin que je replacerai dans la sacoche arrière-droite. Après environ trois minutes d'intenses pédalages le départ a lieu. Je perds ensuite toute conscience de ce qui se passe et tout souvenir de ce qui advient pendant le séjour. De retour, je suis au même endroit dans un état d'apesanteur où aucune gêne ne me parvient, aucun bruit ne m'atteint, aucun geste ni parole ne me blessent.
Je flotte et suis bercée par l'éternelle rotation de la terre, enveloppée par l'air parfumé qui s'écoule lentement sur ma peau. L'univers entier m'est tendre, tiède et aimant.
Mais toi, lecteur, quand je t'aurai chuchoté que cet état est éphémère et toujours à ré-inventer, alors tu sauras que tout cela n'est qu'un voile parfumé cachant l'éternelle douleur de la nuit, que rien ne nous appartient mais que l'on peut ajouter de la beauté au monde.



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