mercredi 6 août 2014

morceau de texte (1)

1   Epuisée par son ennui elle a pris son sac-à-dos, enfourné la tente bivouac, le duvet, un tee-shirt de rechange, un sac de fruits secs, son tabac, deux bouteilles d’eau. Mais n’as-tu pas peur, seule, sur les chemins, la nuit surtout ? – si terriblement, j’ai cru maîtriser la peur, mais elle a gonflé et débordé ruisselant par toutes les coutures de la toile, suintant une mélodie inaudible dans les branches des pins dissimulés par les ténèbres, puis des bruits de pas et des murmures ont emmuré l’espace, et je les sentais s’approcher
    ils ont agité lentement les piquets de la tente, je me suis pelotonnée dans le duvet et ait rallumé mon téléphone, le réseau était indisponible, j’ai sorti mon couteau suisse rouge, minuscule, ça s’approchait encore, encore. J’attendais. Aux abois. Déjà souillée, déjà dépouillée, tandis que les murmures se taisaient, prêts à agir. Le vent s’est suspendu. J’ai attendu dans mon sarcophage de plumes, j’ai attendu, serrant le couteau. J’ai attendu. Devançant l’ennemi, j’ai sorti la tête de mon linceul, ait craintivement tiré sur la fermeture éclair de la tente. Soudainement, les odeurs de champignons, de réglisses et de menthe m’ont attrapé le visage. La lune m’a ébloui de son halo blanchâtre. J’ai fermé les yeux, vaincue, abandonnant la partie. Et je me suis endormie au bord d'un chemin.





1 commentaire:

  1. A la lecture de ton texte me remonte des sensations toutes fraîches (quoique déjà fort anciennes - malheureusement) de nuits à la belle étoile, de tous ces froissements délicieux de l'herbe, du moment où la clarté s'inverse et passe de la terre au ciel, des parfums matinaux ...
    ... bien que tu nous contes tout autre chose, j'aime la fraîcheur de ces deux écrits

    RépondreSupprimer