lundi 11 août 2014

Morceaux de texte (3)


1    Elle parle tout bas, depuis longtemps, bruissements légers dans la cacophonie du monde et des choses à faire. Elle appelle. Parfois sur un lit de mort.  Parfois au réveil. Parfois au cœur d’une conversation amicale. Son espace-temps n’a pas de limite, pas de cycle, pas d’éclipse, pas de passé, pas de futur. 
     S’agiter, se griser, s’étourdir : rie n’y fait, elle est là poursuivant ses sourdes vocalises, impromptues. 
     Elle ne s’entend pas avec la raison ni avec la décision
     son territoire est le corps. Elle le dévêt de ses oripeaux et de ses apparats, jusqu’à ce que seuls vibrent la mélancolie, la colère, la tristesse, la joie, la créativité, le désir, le remord, l’impuissance, 
     puis elle le vêt de la rosée matinale, de la blancheur de la lune, de la transparence de la pluie, du gris-brun de l’ennui. 
     Sans éclat, la voix monte d’un ton, puis de deux, bientôt tu l’entends mais tu ne l’écoutes toujours pas, pas tout de suite. Tu la penses et tu fuis. Et dans cette fuite, ses paroles sautillent, se métamorphosent, s’imposent à toi, un fil discontinu de paroles… un fil qui bientôt se resserre, t’immobilise. Il n’y a plus rien à faire. Rien vers quoi, rien vers qui, tendre. Personne ne t’attend. Seules ses paroles se font compagnes aigres et douces. 
     Tu et nu, tu es fou. Chair de solitude.
    





3 commentaires:

  1. merci pour tes "morceaux" de textes dans la montagne, qui viennent toucher des choses profondes, archaïques, universelles,
    merci pour ton carré de japon rose, pour tes encouragements qui me donnent de l'élan...

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  2. Quelle merveille ... Et le texte et la photo
    Les voix - écoutées - de toutes ces solitudes ne font-elles pas une belle symphonie ???

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