dimanche 11 janvier 2015

monologue entre dehors et dedans


Tu surgis soudain d’un passé un peu lointain, mais pas trop, ça fait combien de temps ? ah nos joyeuses années militantes, les ondes, les fous rires (ici pointe de regret), un peu comme si tu avais poussé là, sur la moquette grise fraichement aspirée, où je promène mes jambes en compensées et la corolle de ma jupette, tu es là tout droit, un livre à la main, c’est quoi ce livre ? (tu me le montreras à la fin mais je n’en dirais rien ici, c’est un peu secret), je te demande si tu vas bien et tu ne dis pas «oui», ce oui vague et facile qui élude les creux, gomme les aspérités, éloigne la parole, as-tu dis non ou l’ai-je entendu ? je m’en saisis pour laisser venir des mots qui n’auront peut-être pas la banalité ni la fadeur, le ton convenu et désengagé que j’adopte d’habitude sur le lieu, (ce lieu en train de me rappeler par la voie sonore, «chers clients, chers adhérents...», qu’il ouvrira ses portes les dimanches de décembre, que je suis contre le travail dominical, que cette année je vais devoir déroger à mes principes), pendant que tu oses me dire des choses de ton désarroi, que tu as été quitté, délaissé, largué, jeté, que tu me laisses lire ton chagrin dans les yeux, le désarroi des hommes me touche, je nous rappelle qu’il y a longtemps c’est toi qui m’avais consolée, quand prise dans la tempête je m’étais confiée à ta force tranquille, solide comme un roc, le bloc aujourd’hui se fissure, me  dévoile ses failles, une fragilité inattendue, mais belle, émouvante.


1 commentaire: