mercredi 6 janvier 2016

Faire aboyer le mot chien

Dans mon réduit
je me suis amusé à ranger
mes idées
à faire le tri dans mes rêves
En voici quelques-uns
que j'ai d'abord hésité à garder :

Jouer à la roulette en compagnie de Dostoïevski
Aimer sans que le désir y soit pour quelque chose
Me réveiller un jour parlant toutes les langues du monde
Avoir des ailes, pas pour voler, juste comme parure
Voir G. W. Bush traduit devant un tribunal international de justice
Libérér les arbres de leur immobilité
Ecrire un premier livre
Acquérir une toque d'invisibilité
Faire une apparition au mariage de mon arrière-arrière-petite-fille ou petit-fils
Découvrir la source du mal
Jouer à la perfection de la cithare
Rester assis seul dans le désert sept jours et sept nuits durant
Boire, ce qui s'appelle boire, sans fumer
Serrer la main de Nazim Hikmet
Pêcher à la ligne les poèmes des peuples disparus
Faire pousser un magnolia dans le jardin de la maison que je n'ai pas eue
Attendre à la porte de l'école la dernière de mes filles née et la raccompagner à la maison
Traduire Dieu et moi de Jacqueline Harpman et en faire un best-seller dans le monde musulman
Dire à ma mère, de son vivant : Je t'aime
Extraire les balles qui ont troué le corps de Che Guevara, refermer ses blessures, lui caresser le front et lui murmurer en toute confiance : Lève-toi et marche !
Persuader Sisyphe qu'il a été victime d'une erreur judiciaire
Faire aboyer le mot chien (n'en déplaise au poète ami)
               (Ecris la vie, VIII Lettres de l'absent, 2005.)

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