jeudi 17 décembre 2009

le beffroi de Bourdeaux

Cet après-midi, nous avons traversé une dizaine de villages des environs de Noirétable, à la recherche d'agences immobilières. Bien avant le panneau d'entrée des villages, se découpant en silhouette contre le ciel lourd de nuages, à chaque fois : le clocher de l'église. Souvent carré, massif et non pas fin et élancé comme dans d'autres régions. Ce n'était pour nous qu'un repère, nous savions que près de lui se presserait le centre avec sa place, ses boutiques et que, par conséquent nous y trouverions vraisemblablement l'unique agence immobilière. Le clocher comme panneau de signalisation dans un monde rural horizontal.

Un seul , pour moi, résonne différemment : le beffroi de Bourdeaux.
Le dictionnaire m'apprend :"beffroi : tour de guet dans une ville servant autrefois à sonner l'alarme pour rassembler les hommes d'armes de la commune. Origine germanique : Bergfrid. Je me fiche des hommes d'armes. J'entends "Friede" et je pense à "paix". Cette origine germanique met en branle tous mes neurones de proche en proche.
Il domine la viale, il est mon image-refuge. Yeux ouverts ou fermés, quand je suis un bateau en haute mer, quand tout tangue autour de moi, quand je prends l'eau, il est mon amer.
D'ailleurs, chaque nuit, dans cette chambre qui donne sur le beffroi, et où je ne ferme jamais les volets, j'ai si souvent ouvert les yeux sur sa tour noctiluque, qu'il est tatoué derrière mes paupières.
L'été, quand il se découpe sur le ciel criblé d'étoiles, j'ai peine à croire être dans le monde éveillé. L'hiver, quand je le devine derrière l'incessante danse des flocons de neige, je suis persuadée de tourner les pages d'un de mes livres d'enfant et d'être arrêtée sur cette page justement où je revenais sans cesse.
De jour, hors de la chambre, il est plus un repère qu'une émotion : où que l'on se trouve, où que l'on se perde, il suffit de le chercher pour se remettre dans ses pas et de dresser l'oreille pour savoir si cette journée encore a volé des heures à notre vie. Car c'est une spécificité de ce beffroi : il vole les heures. Je me lève, disons il est huit heures, à peine mes tasses de thé bues, je me retourne, il est dix heures et c'est ainsi jusqu'au soir. Est-ce pour cela que les villageois prétendant avoir soixante-dix-sept ans ont l'air si jeunes et qu'au dernier repas offert par la mairie aux plus de soixante-dix ans, ils étaient une centaine à table ?
Certains -de passage-(que le Dieu de Janine leur pardonne) se plaignent qu'il sonne. Oui, il sonne, les heures, en double ET les demies. Moi, ce qui m'affole, c'est quand il ne sonne pas. J'entends les trous. Le guetteur s'est tu et je pense à Cracovie et à ses cloches dans la nuit de Noël. Sans guetteur, on est foutu. Qui va surveiller le monde pendant qu'on dort ?

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