mercredi 18 avril 2012

Mon itinéraire-retour : 2° épisode

 
6 Au bruit qui eut lieu, la multitude accourut, et elle fut confondue parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue
7 Ils étaient tous dans l'étonnement et la surprise, et ils se disaient les uns aux autres : Voici, ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ?
8 Et comment les entendons-nous dans notre propre langue à chacun, dans notre langue maternelle ?
Les actes des apôtres, chapitre 2

 
Tout à coup, un forsythia en fleurs m'émerveille, un bout de guirlande de Noël, à ses pieds porté par le vent, fait briller son or dans tous ces déchets abandonnés, et puis plus loin, au soleil des pissenlits en fleurs, véritables tournesols buvant le soleil, quelques orties sortent de terre, de minuscules trèfles.
Un enfant turquoise passe poussant très fort du pied sa trottinette et rejoint un copain sur le parking. Quelques secondes plus tard éclate un pétard et un « gros con ».
Pour empêcher l'accès à un terrain vague entrain d'être aménagé, d'énormes blocs de pierre ont été alignés tout autour. Dans cet espace vide, de la terre retournée, des gravillons et en son centre, exact, un petit arbre en cage : huit poteaux de bois, quatre horizontaux, quatre verticaux l'enserrent, vaste point d'interrogation au centre de cet espace entrain de s'urbaniser.
Dans mon dos « Tatouage artistique » en lettres imitant une écriture asiatique s'affiche sur une devanture toute blanche aux stores métalliques baissés. A ma gauche, un immense Coluche avec lunettes et gros nez rouge regarde la rue.
Un bourdon vient me renifler, bien que les arbres soient peu nombreux et sans feuilles, ça gazouille partout mais je ne vois rien.


Plusieurs fenêtres ouvertes laissent entrer tout grand le soleil et le chant des oiseaux. Une femme arabe me salue, foulard rouge, djellaba et pantalon blancs, peau très mate, les bras tirés par deux énormes sacs de courses, elle rentre du marché plus bas, Place Bellevue. Elle est belle et c'est le seul bonjour pour le moment, rue de l'Egalerie justement.
Sur la rue du Mont, encore un parking asphalté en plein soleil.
Un homme jeune fume appuyé sur son camping-car dans lequel il a vraisemblablement dormi car le pare-brise est occulté et ouvre son blouson pour offrir son torse à la chaleur ; ici, un peu plus de piétons : femmes rentrant du marché avec leur caddie, hommes jeunes fumant se rendant sûrement « gratter » au PMU ou chercher leurs clopes de la journée, un homme bricole son moteur de voiture.
Tiens, une chaussure toute seule, là près de moi, en très bon état, y était-elle quand je suis arrivée ?
Dans une friche recouverte de papiers une jonquille, une seule, se dresse, à ses pieds, quelques plants de primevères lui font la cour et se prosternent et plus loin, là-bas, encore des pissenlits contre un pan de mur et une énorme bouillon blanc s'étalent.
Une jeune femme court, un vieil homme à casquette, qui tousse, porte sa flûte comme il porterait un enfant dans ses bras, un couple avec un énorme bouquet de fleurs, des lys enveloppés, une jeune femme entourée de ses deux parents s'approchent d'une voiture, la jeune femme donne un billet de dix euros à l'homme qui part à pied et les deux femmes montent dans la voiture. Un vieux monsieur, cheveux blancs, veste rouge, journal à la main, me regarde curieux ; c'est vrai qu'il faut en rester du temps assis sur une grosse pierre pour voir, entendre, écrire, et celui-là, tout gros, tout rougeaud avec son air renfrogné, son anorak à fourrure et son chien de traîneau blanc, comme il me regarde de travers … Je pourrais rester là des heures mais j'ai froid aux fesses et on approche de midi. Je n'ai pas accompli la moitié du trajet pour rentrer. Un tout jeune enfant, un doudou déchiré dans chaque main, est calé dans les bras de sa mère qui lui parle en une langue que je ne connais pas et qui m'émeut.

 

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