vendredi 20 avril 2012

Mon itinéraire-retour : 3° épisode

 
J'atteins la rue J Allemane où chaque emplacement d'une laverie de voitures est occupé par des gens qui astiquent, frottent, savonnent, aspirent. Derrière s'élève une cheminée décorée de motifs en biais, étonnant dessin sur cet objet que l'on croirait seulement utile, en fait signe de croissance, de richesse, plus il sortait de fumées noires, plus la ville se développait bien économiquement.
 
A cette heure, entrent et sortent de chaque immeuble des hommes seuls : c'est l'heure du pain ou de l'apéritif. Je tombe nez à nez sur une voiture entièrement rouillée, en mérite-t-elle encore le nom ?
 










Brusquement, dans le tournant avant les tunnels, un arbre, tout en fleurs blanches et quelques violettes cachées dans l'herbe verte et qui me sont révélées par leur parfum ; un merisier sans doute avec cette odeur de miel caractéristique. Quelqu'un, quelque part fait du feu. Une douce odeur de feu de bois envahit l'air tendre de ce matin de printemps. Au loin, des voix d'enfants et toujours les oiseaux en fond sonore, ininterrompu.
Trois « black », élégamment habillés, deux hommes, une femme, cravates, chemises et chaussures blanches s'engouffrent dans une allée en riant. En plein milieu des tunnels, nez en l'air, écrivant en marchant, traversant la chaussée en biais, je chute dans un trou. Brusque rappel sur la terre – ici, où la visibilité est nulle et la circulation presque autant, les rares voitures roulent très vite. Je l'ai échappé belle, ongles cassés, cheville douloureuse, mon bouquet de merisier sauvé, je repars.
Et ce ne sera pas le seul arbre en fleurs que je rencontrerai, rue Dombasle, après avoir retraversé la voie ferrée, d'autres arbres m'attendent. Assise sur une bite de pierre, yeux fermés; leur odeur sucrée m'entraîne loin, à mes pieds une bouche d'égout, mais c'est un murmure d'eau qui coule qui me l'a fait découvrir, j'étais déjà chez ma grand-mère paternelle au bord du Dolon. Une douleur à la main droite, celle qui m'a retenue dans ma chute me ramène ici ; difficile d'écrire lisiblement.
La Grande Bausseigne a ouvert toutes ses fenêtres et ses primevères et ses tulipes. Des anges traversent l'air du parc, un écureuil brun est même assis sur la balustrade de la terrasse.



Dans mon vieux jardin, des bouteilles alignées, plantées culs en l'air, délimitent les carrés. Tulipes, lys du Japon, jonquilles sont alignés au cordeau comme des poireaux, un merle picore la terre fraîchement retournée.









 
Il ne me reste plus qu'à remonter la rue J d'Arc, pour rejoindre mon jardin, havre parmi les havres.

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