samedi 12 mai 2012

atelier sur la terrasse de B

Je ne sais pas ce que je jouais, ni à quoi. ça ressemblait à une symphonie du nouveau monde, sauvage comme un paysage inhabité, un vrai non lieu au milieu de nulle part.
J'avais perdu ma partition et courais à ma perte, car ma mémoire aussi me faisait faux-bond. Mais comme il faut toujours aller de l'avant, j'allais, sans plus me poser de questions. Mes doigts gigotaient sur le clavier comme s'il eût été brûlant, ça s'envolait, mon vieux ! et les anges de se coller au mur et de s'accrocher aux rideaux pour laisser passer ce flot inninterrompu de musique céleste et ne pas se faire écraser ; le public en avait pour son argent, musique de chambre, tu parles ! ça faisait longtemps que les derniers endormis s'étaient redressés sans bien réaliser encore s'ils étaient tombés d'un cauchemar dans un autre, que les happy few des premiers rangs auraient payé cher (pour une fois) pour retrouver leur cuisine et leurs marmites qui mijotaient paisiblement sur le foyer, et pour être assis dans leur bon fauteil éclairé par une lampe d'astrakan. Les plus persécutés étaient les puristes qui comprenaient bien que quelque chose d'unique était en tarin de se produire, mais qui ne savaient pas comment le qualifier, dans quelle case le ranger, si c'était grandiose ou médiocre, et ça les tuait."Mais pourquoi mourir en hiver ?" se disaient-ils ?
Quant à moi je suais sang et eau sur mon instrument, remontant le fil de la journée jusqu'à l'instant fatidique que je vous conterai une autre fois, là impossible, marchant sur la pointe des doigts lorsque la honte était trop patente, puis vaincu une fois encore par l'appel du large, je replongeais à pleines croches dans la musique, puis pris de vertige, vacillant au vent de la nuit, JE SOMBRAIS.
Lorsque je m'évaillais, tout était blanc, sans relief, chirurgical. 
Un ange était à mon chevet et me souriait tranquillement.
"je voudrais rester au 1er regard" dis-je, et fermais les yeux sur cette lueur d'huile, sur cette douceur insupportable.


1 commentaire:

  1. m'évaillais... éveil émerveillé et vacillant? trop bö

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