lundi 27 janvier 2014

Les conséquences de prendre la route le matin

Avec beaucoup de retard, mais toujours avec vous



Je hais devoir prendre la route le matin. D'abord, parce que justement ce jour-là, j'aurais aimé traîner au lit, dormir longtemps, trop, jusqu'à me lever bien après que le soleil soit déjà haut dans le ciel. C'est ce matin-là qu'il me fallait pour, enfin, récupérer totalement.
La seconde et principale raison est que je dois, à peine réveillée, me faufiler dans le trafic, trouver la bonne voie, anticiper, m'enfiler dans le tunnel sans me faire emboutir par l'arrière ou sur l'aile gauche, freiner, m'arrêter au feu qui passe au rouge juste quand j'arrive, me faire klaxonner. Tout mon corps, encore tiède du lit et mon esprit empreint de rêves et de torpeur est contraint à devenir machine, machine à calculer, à anticiper, à gérer, tout en moi se rigidifie, je deviens rouages mécaniques et électroniques. La totalité du peu d'énergie disponible en moi à ces heures-là sombre, engloutie par ce pilotage nécessitant les plus puissants calculs. Le tableau de bord et la route m'aspirent, surveiller, vérifier, contrôler, rétroviseurs extérieurs, intérieur et, là à droite, un camion déboule, je me rue dans la file centrale, les freins du véhicule à ma droite hurlent, son conducteur klaxonne et se vrille la tempe de l'index gauche, grimace et vocifère par la fenêtre. Ahurie, je poursuis ma course folle, le corps disloqué, je ne suis plus que roues dentelées, cliquetis, frottements. Devenue mécanique, l'esprit vide de toute pensée, peu à peu je prends place dans le trafic, ne suis plus que ce conducteur. Seuls mes réflexes sont aux commandes, métal animé d'une pulsion locomotrice, j'avance, bouffe des kilomètres, évite les dangers, fonce dans le trafic, poussez-vous j'arrive.
Mais le pire est encore à venir : coup d'oeil sur l'horloge de bord, il me faut arriver avant huit heures. Le temps s'en mêle. Ce bref instant d'inattention est sanctionné d'un indispensable brusque coup de volant, suivi d'un freinage in extrémis et d'un déboitement intempestif. Et voilà les minutes qui s'égrènent et s'allient contre moi. Est-ce à cause de la vitesse ou pour une toute autre raison exogène ou endogène qu'elles défilent à toute allure et qu'il m'apparaît de plus en plus évident que cette course contre elles ne peut tourner qu'à mon désavantage ?
Résultat : Quand j'arrive à destination, mon corps ne sait plus s'extraire de l'habitacle avec lequel il fait corps - c'est le cas de le dire -. Il en fait partie intégrante. Mon cerveau est totalement essoré de ses capacités mentales autres que le pilotage automatique, et je suis inapte à faire quoi que ce soit avant plusieurs heures. Ne reste que le ON/OFF, Contact/ Arrêt. Le temps que du sang chaud se remette à circuler dans mes veines, que mes neurones soient ramenés à d'autres fonctions que les calculs, que les minutes se soient calmées et mon rythme cardiaque ralenti. Or, c'est justement pour travailler, réfléchir, transmettre que précisément ce matin-là, j'ai dû prendre la route.

2 commentaires:

  1. magnifique ! mais un conseil : choisis la marche ou le vélo!

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  2. Heureusement, je parle d'une vie antérieure laquelle si c'était à refaire ... Lalalalalère !

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