dimanche 19 mars 2017

Printemps des poètes Saint-Etienne


Tout peut arriver, les morts apparaître, s'asseoir auprès de nous, nous prendre par la main, rencontrer ceux qu'ils n'ont pas connus, tout peut attirer en une seule nuit et au réveil nous ne reconnaissons rien, ni le lieu, ni l'époque et le soleil est posé sur la pelouse, le ciel couvert de jonquilles, tout peut arriver, tu peux me quitter ou l'inverse et chacun vivre une autre vie, le sucre peut refuser de fondre dans la tasse et les rivières se remplir de vagues et peut-être même la terre de tourner; tout peut arriver le meilleur et le pire, j'en suis bien persuadée, il suffit d'ouvrir les yeux et le coeur pour voir les miracles surgir, la cendre redevenir flamme et le ver de terre prendre son envol, tout peut arriver, la mère dévorer son enfant, l'enfant déchirer le sein qui l'a nourri, le père donner naissance et le chant retourner dans le violon, les cerisiers donner des fruits en hiver, tout peut arriver, trouver un beau matin les ancolies et les coquelicots pousser dans mon lavabo, le lierre grimper au long du miroir et les poissons me tresser un collier, tout peut arriver, les océans nous inonder, faire disparaître l'humanité, nos habitations flotter et nous, avoir le pied marin, tout peut arriver les blessures cicatriser, les enfants cesser de grandir et rester pour toujours innocents, nos coeurs s'ouvrir et accueillir tous les migrants, tout peut arriver si nous nous donnons la possibilité.





Je vous écris depuis toujours, je n'ai jamais fait que ça, m'adresser à vous qui ne me connaissez pas, où que je sois, devant ma fenêtre face au cerisier, dans mon lit les nuits d'insomnie, dans ma voiture au coin d'un bois, assise au coin du feu bercée par un air de blues. Je vous écris du fond de mes songes, depuis mon enfance je m'adresse à vous. Ma poupée c'était vous, encore plus loin mon ours, toujours vous. Ballotée par la fièvre, dans les affres de la souffrance, je vous écris. Dans un jardin que je cultive avec amour, du parfum des tilleuls quand en juin je me lève tôt, des brassées de narcisses cueillies au col de Vesc et des paniers de champignons d'automne trouvés sous la mousse drômoise. Je vous écris du haut du châtaigner où je me réfugie avec les corbeaux, de la neige immaculée et des raquettes crissantes dans la blancheur et le silence. Je vous écrit par coeur et avec déraison, sur les murs, les planchers et les plafonds, du plus profond de mon âme et du bout des doigts, je vous écris un peu, beaucoup, passionnément, sur la vitrine, avec les coquillages de la plage de Fécamp, du bord de la rivière qui charrie mes mots les prenant pour des poissons. Je vous écris d'un discours ininterrompu, de mon ventre, des frissons qui me labourent le crâne, du creux de mes os, de ma moelle, avec mon sang. Je vous écris indéfiniment.


Ces textes ont été écrits le 19 mars dans l'atelier de Florentine Rey.  Deux consignes nous étaient proposées "Tout peut arriver ... " d'après Albane Gellé "Bougée"     et "Je vous écris ..." d'après Seamus Heaney

3 commentaires:

  1. Beau travail! Tu nous raconteras j'espère...

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  2. Oui, bien sûr, Bipe y était aussi
    Cet après-midi 16h Bernadette et moi allons à celui d'H Merle (ce sera le dernier !)

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  3. Deux beaux textes c'est tout toi.

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