jeudi 30 novembre 2017

Cartographie 4

Suite du chantier sur la cartographie! La mission du jour était de se pencher sur les ruisseaux ou rivières de notre carte, d'en suivre un ou une, d'évoquer les échos que cela  suscite, le tout en une écriture continue, dense, un récit bloc, et la liberté de piocher des mots dans les textes offerts....

Quelques gouttes d'Elisée Reclus et son "Histoire d'un ruisseau":


L’histoire d’un ruisseau, même de celui qui naît et se perd dans la mousse, est l’histoire de l’infini. Ces gouttelettes qui scintillent ont traversé le granit, le calcaire et l’argile ; elles ont été neige sur la froide montagne, molécule de vapeur dans la nuée, blanche écume sur la crête des flots ; le soleil, dans sa course journalière, les a fait resplendir des reflets les plus éclatants ; la pâle lumière de la lune les a vaguement irisées ; la foudre en a fait de l’hydrogène et de l’oxygène, puis d’un nouveau choc a fait ruisseler en eau des éléments primitifs. Tous les agents de l’atmosphère et de l’espace, toutes les forces cosmiques ont travaillé de concert à modifier incessamment l’aspect et la position de la gouttelette imperceptible ; elle aussi est un monde comme les astres énormes qui roulent dans les cieux, et son orbite se développe de cycle en cycle par un mouvement sans repos....

Un soupçon de Jean Rodier " En remontant les ruisseaux sur l'Aubrac et la Margeride" 

 
Le rêve d’aller à travers la montagne de ruisseau en ruisseau et de ruisseau en lac, de lac en rivière, sans frontières ni restrictions que sa propre liberté.

On monte à travers les forêts, les prairies parfois encombrées de granits, le bruit des ruisseaux rapides – où l’on peut rêver d’une vie délicieuse – et où on débouche sur le plateau à l’herbe rase, aux ruisseaux lents, aux lointains bleus, au vent – endroit que l’on imagine propice à la pensée. Pour peu qu’on y demeure on comprend: c’est ici le lieu où la pensée s’absente.

et une immersion dans Julien Gracq " Au château d'Argol" :


La rivière paraissait ici rouler ses flots au fond d'un abîme naturel aux bords rapides, auxquels s'accrochaient les puissantes frondaisons d'une glorieuse forêt. Les détours continuels et capricieux du cours de la rivière donnaient à ces lieux un caractère d'isolement singulier. Autour d'Albert, les hautes murailles de la forêt sourcilleuse semblaient dévorer une partie considérable du ciel, et venir effleurer juste le bord du disque ardent du soleil pourtant élevé déjà sur l'horizon. Ces ramures animées de mouvements majestueux et uniformes étaient agitées par le vent venu de la mer toute proche, et qui apportait avec lui le grondement des vagues et le tumulte aérien des libres étendues.....



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