jeudi 12 mars 2026

Éclats de lichen/ 4/ partie 2

 

     C’est un travail au forceps qui s’est pratiqué ici pour extraire du dedans de soi ce moment, lui donner un corps de réel dans un costume de fiction. Écrire cette trame de scènes, c’est réengendrer un instant, qui n’a cessé de venir en mémoire, sans que je sois en mesure d’en saisir la force et de comprendre pourquoi il m’importait autant. Éclairer ce petit coquelicot esseulé dans un fossé au bord d’un chemin.

     Imaginons que je cherche à réaliser une séquence de film, à partir de ce non-évènement, en tenant compte de la durée réelle soit quinze minutes environ, peut-être moins, il faudrait suivre l’enfant depuis la porte de l’appartement qu’elle tire derrière elle, la descente des trois étages jusqu’aux boîtes aux lettres, avec le cartable au bout du bras qui se balance, la traversée de l’interminable nuit du couloir au rez-de-chaussée, avant de franchir le seuil de la rue Pointe-Cadet, tourner à droite pour descendre la rue en regardant de manière discrète la boulangerie, puis avec attention la boutique “Vers et prose” afin de se tenir au courant de la mise à l’étal éventuelle de nouveaux livres de la bibliothèque rose, tout en marchant d’un pas constant et sans courir, car la mère pourrait fort bien être accoudée à la fenêtre et la suivre des yeux, puis rejoignant l’allée numéro 13, dissimulée par un immeuble en avancée, penser retrouver Astrid comme tous les matins, et ne voir que sa maman patientant sur le balcon pour me signifier l’absence de sa fille ce jour à l’école, malade sans doute. Rester un instant décontenancée. Se remettre en chemin, imbibée de l’odeur âcre du pressing, à la porte toujours béante, qui jouxte la maison d’Astrid. La caméra pourrait notifier ce temps d’arrêt par un effet de ralenti, puis l’enfant tournerait à droite pour emprunter la rue du Chambon que l’on nommait ainsi même si elle ne portait plus ce nom depuis déjà dix ans et se nommait désormais rue Léon Nautin.

     Est-ce que l’attitude de l’enfant se faisait autre, sachant que son trajet allait être solitaire, c’était sans doute la première fois... Un pas plus lent, la tête plus relevée ou au contraire les yeux baissés sur le trottoir, une attention différente au décor qui serait longé ou des pensées plus intenses puisque libres de paroles... Elle avance, longeant, comme d’ordinaire les commerces habituels: un salon de coiffure, le primeur “Aux Baléares”, une confiserie, et parvenant au sommet, elle traverse la rue puis à angle droit la suivante pour longer la place Chavanelle d’où jaillit l’animation propre à ce grand marché couvert. Sur le côté de cette place, des maisons d’habitation s’égrènent, et comme il est difficile de se souvenir de cet endroit du trajet car ce paysage a été totalement remanié, mais aucun souvenir de commerces ne remonte en mémoire, donc une avancée le long de vieilles maisons de trois ou quatre étages, toutes un peu semblables et où l’esprit peut vagabonder sans distraction. Puis la rue Étienne Mimard avec l’immense caserne de pompiers, où les portails largement ouverts laissent entrevoir tout un univers de camions rouges et de matériels liés, et comme souvent de larges flaques d’eau inondent le trottoir dues au lavage effectué pour l’entretien des camions. Aujourd’hui les bâtiments de la caserne ont été remplacés par un cinéma qui se nomme “Le camion rouge”... Quelles pensées pouvaient bien se mettre en place en ces instants-là dans son esprit, le songe autour d’un futur métier, la récitation des leçons, une poésie peut-être, le refrain d’une chanson, ou une sorte de méditation sur cette soudaine solitude qui lui plaît vraiment et dont elle pense qu’il lui faudrait bien renouveler l’expérience... La sensation d’avoir passé une étape et d’appartenir au cénacle des grands. Je ne sais si à cet âge on a conscience d’un besoin de liberté mais je me dis que le besoin de solitude est déjà ancré en soi.

     La voilà devant le cours Hippolyte Sauzéa qui requiert toute son attention pour le traverser, car il pourrait y avoir un danger, donc elle attend avec application l’autorisation du petit bonhomme vert pour s’aventurer de l’autre côté, et elle est très contente d’avoir surmonté cette épreuve toute seule! Puis c’est l’interminable remontée des hauts murs gris du lycée, le dépassement des portails ouverts mais réservés aux plus grands, elle tourne la tête sur la gauche et voit l’entrée de la chapelle qu’elle connaît bien et poursuit son chemin en se hâtant un peu, n’aurait-elle pas ralenti et ne risquerait-elle pas d’être en retard, ce qui ne lui était jamais arrivé et dont elle n’a nulle envie que cela lui arrive. Voilà, juste avant la rue Claude Lebois, la petite porte réservée aux élèves du primaire, porte si minuscule qu’on la dirait presque invisible. Repensant à cette porte aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de songer à Alice au pays des merveilles. Sa vie en solitaire va s’achever. Il ne lui reste que le couloir à traverser et elle retrouvera les enfants de sa classe dans la cour. La caméra pourrait peut-être filmer un ralentissement ou un arrêt dans les mouvements pour tenter de mettre en lumière cet instant où vient d’éclore la puissance de l’annonciation du doute dans la tête de l’enfant. Sans voix off, un film ne saurait dire.


     Que pourrait exprimer une image, photo ou peinture, de cet instant d’annonciation dont l’enfant n’a nulle conscience mais qui va s’installer en elle et ne la quittera plus ? On pourrait nommer cette annonciation, celle du doute, du peut-être, ou celle du choix. L’esprit est en plis. Plis ouverts vers un devenir. Quelque chose que l’on ne peut plus oublier, une mise en déséquilibre dans un en train d’être fragile. Quel peintre serait en capacité de montrer cet instant? Peut-être revenir tout simplement à l’Annonciation de Antonello da Messina en se focalisant sur le visage du personnage: il nous raconte qu’il se vit quelque chose dans l’esprit de Marie. Et cela pourrait tout aussi bien représenter l’annonciation du doute comme une échancrure rouge, nichée dans les replis d’une sourde vie intérieure.

lundi 9 mars 2026

Éclats de lichen/4/ partie 1

 La plus pressante nécessité d’un être humain 

était de devenir un être humain.


Clarice Lispector “ Un apprentissage ”



     Certaines scènes, se présentent à nous comme sur l’avant-plan d’un tableau et doivent être vues, lues, déchiffrées, non comme un détail, un peu là par hasard, mais comme quelque chose qui serait de l’ordre de l’apparition. Quelque chose de bien vivant qui s’offre à notre regard et à notre réflexion. On tente alors de mettre en mots, de trouver des tournures de phrases, capables de décrire ce qui s’est passé à cet instant précis, souvent des décennies plus tôt, et qui continue de nous visiter en pensées.

     On pourrait donc parler de scènes, de remous, de plis, et bien sûr de replis. On revoit la scène, et on cherche à la relire – alors qu’elle est déjà venue nous hanter des dizaines de fois – avec le regard de qui on est dans ce présent, au prisme du temps qui s’est écoulé. L’image mentale monte en soi, on ne sait par quel cheminement, s’impose à l’esprit, comme si on n’en avait pas encore fini avec elle. Quelques déplis semblent s’ouvrir, et écarter le sable visuel. Le regard se pose dans ce mouvement de ressac, il accepte de rester un peu là, de s’éperdre dans cette apparition dont on n’a pas eu la maîtrise. Considérer cette scène, dont on a toujours senti la réminiscence comme quelque chose de charmant, comme un moment à déplier en prenant son temps, car on commence à s’en apercevoir, on a passé le stade de charmant pour notifier ce moment d’essentiel pour ne pas dire fondateur.

 


     La scène qui est revenue me susciter se situe dans un espace plutôt étroit, mais avec une petite terrasse sur la droite quand on a passé la porte d’entrée, d’où l’on peut accéder à des salles, dont je me suis toujours souvenue comme étant l’infirmerie. Sans doute il doit y avoir une ou deux marches, mais je ne les situe pas. En réalité j’ai toujours vu ce passage comme une une sorte de couloir entre rue et cour de l’école. C’est en forçant le regard aujourd’hui que je revois cette minuscule terrasse. Entre la porte d’entrée et l’accès à la cour, je dirais qu’il y a une vingtaine de mètres peut-être. Et je n’arrive plus à installer les deux ou trois marches que je pressens. Plus de soixante ans ont passé, et le souvenir, même s’il s’est rappelé à moi à de nombreuses reprises reste flou. La seule chose dont je suis certaine, c’est que je suis seule dans cet espace. C’est le matin et l’heure d’arriver à l’école. Et j’ai franchi la porte qui sépare l’extérieur de l’intérieur du petit lycée où je suis écolière. J’ai entre 8 et 9 ans. J’ai la sensation que l’on est au printemps, car je ne vois pas de manteau sur mon dos. Et cet instant est marqué d’une tache rouge en moi.

     Je suis donc dans ce que je nommerais un sas, dans cet entre-deux vies, où j’ai l’habitude de me rendre cinq jours par semaine. Mais je réalise quelque chose dont je n’avais jusqu’à lors jamais pris conscience, c’est que je suis seule. Ce qui n’est pas conforme, car je venais au petit lycée toujours en compagnie de mon amie de l’époque qui habitait à quatre allées de chez moi, et nous faisions toujours le chemin ensemble. Mais ce jour là, point d’Astrid à mes côtés. Peut-être était-elle malade car je n’ai pas souvenir de dispute entre nous. Toujours est-il que j’ai dû traverser un bout de la ville dans la solitude et donc aussi dans une profusion de pensées que nul n’a interrompues.
     Le chemin doit avoir de l’importance, car je suis seule du bas de mon allée jusqu’à la porte d’entrée du petit lycée où je suis scolarisée. Ce qui est rare. A cet âge-là je ne suis jamais seule dans la ville, excepté pour de petites courses dans les boutiques de ma rue où les commerçants me connaissent: la boulangerie, l’épicerie, la presse. Pour aller à l’école et en revenir nous faisons le trajet à deux et parlons comme il se doit entre deux petites filles amies. Un quart d’heure de pas sautillants ou ralentis par la fatigue ou l’absence de l’envie de rentrer.
     Donc je vais marcher sur les vestiges de ma mémoire, dans cette conjugaison de silences dont j’ai oublié les temps. Et je dois chercher la langue de l’enfant que j’ai été,  faite de ce déséquilibre allié à la marche qui nous met en permanence face à une chute amorcée. Seule pendant ces quinze minutes environ à marcher sur le trottoir, toujours le même selon les recommandations maternelles, et à laisser se former les pensées qui ne s’arrêtent jamais, tout en redoublant d’attention lorsque la traversée du boulevard s’annonçait, bien emprunter le passage piétons, patienter jusqu’à l’apparition du petit bonhomme vert qui donne l’autorisation de rejoindre l’autre côté, puis longer le long mur gris du grand lycée jusqu’à la petite porte où entrer dans l’univers de l’école, dans le monde social où je ne savais pas encore qu’il était si difficile de se mouvoir.

     Quelles pensées ont bien pu se développer dans ma tête de ce moment là de ma courte vie, après un temps de solitude dont je suis sûre que j’appréciais la liberté qu’il me donnait, pour que, traversant ce couloir, j’ai eu la conscience nette de la pensée qui me submergeât alors et fit sans nul doute, que, justement, le doute venait de s’infiltrer en moi. Dans la traversée de cette vingtaine de mètres entre deux lieux, la rue et la cour de l’école, dans un tête à tête avec moi-même, la pensée de douter de tout ce que l’on m’avait dit, enseigné sur les bancs du catéchisme ou de l’église. Ce n’était pas possible, cela ne tenait pas la route et il fallait rester vigilante face à tout cela.

     Ce qui est étrange c’est que durant tout le trajet de la maison à l’entrée de l’école, je ne vois pas le visage de l’enfant que j’étais. Je surplombe la scène, suis la silhouette, comme me tenant derrière elle à quelques mètres, mais à aucun moment l’expression de son visage ne m’est offerte. Lorsque l’enfant traverse le couloir, il me semble que je la contemple de plus haut encore, que tout se ralentit et que c’est moi qui m’éloigne d’elle. Je ne vois rien de ce qui a lieu. Je sais simplement que, entre l’entrée dans ce couloir et la sortie, l’arrivée dans la cour de l’école donc, quelque chose a eu lieu. Dans cet entre-deux, l’enfant en mouvement, vient de vivre une mutation, dont elle ne parlera à personne, mais qu’elle inscrira si profondément dans sa chair que c’est encore lisible aujourd’hui. Le déploiement d’un sujet passe par le déplacement, qui est aussi dépassement de soi.* Dans cet entre-deux mondes, celui de l’absence de pensée personnelle et celui de la naissance du doute, le franchissement d’un seuil de soi venait d’être franchi. Un tremblement avait eu lieu. Un secret rouge.

     Arrivée à l’autre bout du couloir, l’enfant, consciencieusement, rangea ses lunettes, récemment achetées – sa myopie venait d’être décelée – dans leur étui de protection, et courut vers ses camarades de classe pour se mêler à leur jeu.
 

*Claire Marin “Être à sa place” (Éditions de l’Observatoire)



lundi 2 mars 2026

Panser les images : Les fiches : inventaire des disparitions

 "Et je n'avais que le néant"

Je vais voir ce documentaire de Guillaume Ribot un dimanche matin à 11 heures. réalisé à partir d'une partie des rushes non utilisés de Shoah par Claude Lanzman

Remettre des images sur des endroits effacés falsifiés - Disparus

 



dimanche 1 mars 2026

Panser les images : Chapitre 3 : je suis

Il ne se passe rien

tout va bien

Je suis sur du fruit

ce sont des noisettes, des cerises

mangées à même les arbres

dans mon paradis terrestre

ou presque

Il ne s'est pas passé grand chose

tout va mal

Je suis sur du lait chaud avant de m'endormir

du miel toutes fleurs

La peau du lait, on en faisait des gâteaux avec ma mère

Ma mère était parfois un gâteau

parfois une épouvante

Parfois un plat au four

Parfois j'en ai marre qu'elle soit morte

L'AGP, c'est à dire son GP, bien sûr elle ne l'a pas connu,

il avait depuis longtemps rencontré les pierres

Ma GM n'avait que 20 ans alors

Et le loup n'était pas encore sorti du bois

Fidélité des origines

(Ma mère m'a donné naissance lorsqu'elle avait 36 ans /Comme moi)

Je suis sur une pente raide

J'ai 3 ou 4 ans

Je hurle d'impuissance contre une porte fermée

qui vient d'avaler ma mère

Ma mère a disparu derrière cette porte verrouillée

Elle n'a pas lu Françoise Dolto qui recommande aux mères

de bien expliquer à leurs enfants qu'elles vont revenir

qu'elles sont seulement parties travailler, 

faire la lessive des soutanes

des Frères des Ecoles chrétiennes qui les emploient parfois

étendre le linge ("écarter" disait ma mère)

Je jouais dans l'immense cuisine (du pensionnat de Bernadette/ Linette)

(qui pendant ce temps courrait le jaune près de sa roche druidique)

je jouais avec les petits pois de la balance

dont le minuscule gramme avait disparu

je pesais le pour et le contre, je n'ai rien vu venir

Tout à coup m'a mère avait victime d'une éclipse

Tout à coup elle n'est plus là

Un seul être vous manque

et vous en avez pour des années de psychanalyse

à tenter d'ouvrir cette fichue porte

Puis je suis sur du câlin

Dans les bras de Mme Motto

(oui, là je pourrais faire un jeu de mots, mais non, y a pas la place, à ce moment-là de ma vie / je manque d'humour)

Je suis sur mon premier souvenir d'abandon disparition

Après, quand ce ne sera plus l'hiver, ma mère qui n'aura toujours pas eu le temps de lire Françoise Dolto,

m'emmènera avec elle, là où elle travaille, 

dans cette ancienne écurie transformée en lavoir, en buanderie,

avec l'immense machine à laver à tambour, 

on est sur de la mousse de lessive, que je prends dans ma main,

ou que je regarde stagner dans la rigole

j'ai l'odeur dans le nez, je la retrouve parfois, soude et chaud

Plus tard encore, je suis entre la petite et la jeune fille

je suis coincée là, avec un frère des écoles chrétiennes en soutane

il s'appelle Pierre T. il me frotte contre son sexe

Je regrette mes 3 ans et la porte de la cuisine

je regrette madame Motto, qui aurait dû m'enlever sur son fier coursier

dans un grand rire à l'accent du midi

Je suis sur de la rage, dans mon jeune âge

dans cette immobilité épaisse et humide

lui appuyé contre le lavoir, tenant serré

mon dos contre sa répugnante personne

je suis sur du malaise du diable

je n'ai pas de pierre à portée de main pour lui fracasser le crâne

ni de corbeau blanc pour lui crever les yeux

Parfois on n'est pas en capacité d'être capable

Parfois il ne se passe rien

On se noie juste de l'intérieur

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titre du chapitre : je suis

Vocabulaire photo : Arrière-plan

Constellation familiale : ma mère /AGP /GM

Image/photo : sténopé moi

Ma vie pendant les livres :

Inventaire des disparitions : lieux : pensionnat

Panser les images chapitre 1 : la matière noire

 La matière noire où habiter sans que personne ne le sache

Comme dans un miroir

Se mettre à jour un jour

avec les autres réfléchis

depuis le peintre qui se peint

en inclinant son corps pour mieux voir ses sujets

la décoration de l'ordre rouge

peinte peut-être sur le tard, après coup par le Roi lui-même

J'avais acheté cette décoration, format réduit

longtemps restée accrochée sur ma veste boléro fétiche

à présent disparues

(ou je feins de le croire)

tant mieux

je ne suis ni dans les ordres

ni très portée sur l'uniforme

liens en miroir

lumière concave

pour la trame sans le drame

 

Picasso peindra 58 Ménines

jusqu'à faire disparaître poco a poco

le peintre

 

C'est l'histoire dans la nuit, au petit matin froid d'octobre

il tombe, il sombre et me lègue la moitié de mon prénom

 

Réécrire toujours et toujours la même toile

celles des pierres où je suis née

jusqu'à celles par lesquelles l'AGP est mort

celles, noires et luisantes sur l'autre continent

un point de vue à chaque fois

un personnage des Ménines

le chien ? la Naine ? l'Infante ?

être dans le livre et dans le tableau

par petites touches rouges , comme des échos lumineux

et pour moi comme des cailloux ensanglanté sur le chemin

Dans la lumière rouge, révéler l'image disparue

zoomer sur ce lien qui existe

entre les interstices

 

Que signifie "Mise en abyme" me demande le photographe anglais ?


Prendre l'escalier au fond de la toile

se retourner pour dire au revoir

avant la poudre d'escampette

 

S'en aller comme une silhouette poétique

abandonner au miroir son reflet

jusqu'à disparaître

*****

titre du chapitre : la matière noire

Vocabulaire photo : Fondu au noir

Constellation familiale : AGP / Vélazquez (!)

Photo : moi assise au Musée du Prado 

Hyperlien : voir ce texte dans à la Brise

Recyclage : Silhouette poétique (chanson Empire des sons)

Ma vie pendant les livres : Ménines (pastiche Heiner Muller/ M. Marin)

Le piège Vélazquez France culture

+ Foucault Velasquez Picasso Ménines Alain Jaubert Le subtil oiseleur

Panser les images Chapitre 2 : le monde dans la tête

Laquelle de mes sœurs en avait eu l'idée ? l'avait-elle chinée ?

de temps à autres on m'emmenait rendre visite à la vieille femme édentée et moustachue qui habitait Place Foch et sentait le renfermé

Mais !... avait une poupée à trois visages

Son appartement au rez-de chaussée dans lequel elle donnait ses cours de piano sentait aussi le sombre, peuplé de curiosités et semblait sans fond

Cette poupée aux 3 visages 1 qui rit 1 qui pleure  1 qui dort

monstre de porcelaine

réapparition d'un souvenir /clin d’œil de mes sœurs à la petite fille que j'étais

Était-ce un cadeau (Gift = cadeau et poison en anglais) pour mes 30 ans ?

Elle devait être plutôt gentille, cette Mademoiselle Montcoudiol

mais sa solitude et son aspect me tenaient sur mes gardes

Quant à la poupée issue de ses trésors

il fallait y toucher avec mille précautions, tourner autour de l'axe du cou avec délicatesse et appréhension,

pour passer du visage endormi à celui souriant et du sourire aux larmes.

Il aurait pu se faire (tant la chose était stupéfiante et magique)

qu'elle éclatât en sanglots pour de bon

La toute première fois, j'en restai bouche bée, apeurée aussi

Mouvement de recul, comme pour faire le point, comprendre cet objet


La mienne : qu'en faire ? J'avais passé l'âge de jouer à la poupée

et bientôt celui de devenir mère

Elle a trôné un temps, toujours face sourire

puis je lui ai fait un nid au milieu des pull-over

Ma petite fille, (oui, in extremis) l'a dénichée 

il y eut un accident de personne

son front est à présent comme trépané

et une jambe est cassée

Moi aussi /mais à gauche

Poupée vaudou plus que doudou

 

Tout a-t-il toujours une genèse ?

De quels sombres abîmes surgissent les Demoiselles Montcoudiol 

depuis longtemps disparues ?

De ces logements / des plis sombres de la mémoire / peuplés de fantômes ?

D'une photo jamais prise mais imprimée dans mon cerveau

dans l'enfer du couloir

De quel trou à la tête l'AGP est-il mort ? Quelle pierre fut la criminelle ?

Coupez ! !

PANSER LES IMAGES article 1 / LA TRAME D'UN DRAME

 Carte mentale trame générale