2026-0415 Histoire d'André Faure (épisode 4 ou 5)
Avant
que d'être un matricule, j'étais un jeune homme qui savait lire et écrire compter mais
je m'embrouillais vite, l'école ne m'avait laissé que des souvenirs de coups de
règles sur les doigts et de charbon à apporter pour ne pas mourir de froid.
D'ailleurs on y allait peu. De toute façon je préférais courir la campagne,
sans même profiter du paysage rude qu'elle
aime tant à présent. Je cherchier cherchais (!) les mauvais coups, enfin
ceux qui rapportaient de quoi manger un peu à ma faim de temps en temps. Ce
n'était pas du vice, mais de la nécessité. Mes parents ne m'aimaient guère, les
gendarmes à la maison plus souvent qu'à leur tour. Mon frère aîné était leur
fierté et moi leur honte. J'avais une vie de bâton de chaise et je payais cher
ma liberté, pas grand chose à manger, à bien dormir à l'abri, pas de caresses,
quelques copains d'infortune. Pour gagner 3 sous et dormir au chaud, je me
plaçais comme garçon de ferme là où on voulait bien de moi. Ma réputation me
précédait et la main d'oeuvre n'était pas une denrée rare.
à
la fin de ce mois de septembre 1908, je m'étais fait embaucher par le dénommé
Pierre Crespe. Ce n'était pas la première fois. Je crois qu'il avait pitié de
moi et sa fille Philomène était gentille avec moi. Elle trimait la pauvresse.
Sa mère était morte lorsque elle était toute petite et son père s'était remarié
avec une femme toute jeune aussi, une autre Philomène. Cette femme un jour
avait vu une ombre par la fenêtre, ça lui avait fait une telle frayeur, dans ce
pays plein de magie noire et de sorcellerie, qu'elle en était restée paralysée.
Elle accouchait sans arrêt, beaucoup de bébés ne restaient pas, mais au bout du
compte, la Philomène fille avait quand même trois marmots sur les bras. La
Berthe, La Rose et le petiot André (le père de celle de l'enterrement l'autre
jour). Donc moi j'arrivais là, ayant entendu dire qu'ils avaient besoin de
monde pou battre à la machine. (c'est quand on enfourne les épis dans la partie
machine de l'expression pour séparer en les battant, le grain de la paille). C'est drôle quand on lui raconte sa
naissance elle demande souvent à ses soeurs de lui raconter l'histoire, on lui
dit toujours, outre qu'elle était arrivée dans la grosse valise du docteur, que
c'était un jour où on battait à la machine. Pour elle c'était début septembre, moi,
plutôt vers la fin, mais sur ces plateaux même si le dérèglement climatique
n'existait pas encore comme expression, les saisons n'étaient pas toujours d'équerre non plus.
Quand on est mort, c'est pas qu'on se tienne tellement au courant de la météo
ou de l'écologie, mais il faut reconnaître que lorsqu'on raconte une histoire,
même si on est mort, il ne faut pas raconter de bêtises ni faire
d'anachronisme. Il faut régulièrement aller sur les Internet et dans las livres
légitimés, voir si on est cohérent, regarder les registres et les arbres généalogiques sinon tout fout
le camp et on a vite fait de se faire épingler par tous les gendarmes des
intelligences artificielles. Par exemple, on ne peut pas dire qu'on a rencontré
Stevenson avec son ânesse; même si c'est bien par là qu'il se promenait et que
maintenant i l y a un chemin officiel qui passe juste en dessous de chez
Philomène, mais à l'époque de ses aventures, je n'étais pas encornet. encore né
lorsqu'il démarra du Monastier.
Je
reviens à mes moutons, ou plutôt à ceux du Pierre Crespe, car en plus de battre
à la machine, d'être tavernier (comme s'appellera plus tard sa fille Berthe) il
était aussi maquignon, c'est à dire qu'il vendait ses bêtes à la foire du
Puy. Place du Plot
Photo
Dans
une boutique de charité croix rougienne, il y a quelques jour, était exposé à
la vente mais sans prix, un tableau signé M. Tavernier. C'était mon
Petit-cousin.
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