vendredi 16 août 2013

Arles in black : mes coups de coeur (2)

Pour ce qui est des photos que j'appellerai "sociales", six photographes m'ont fortement marquée. Leurs images persistent sur ma rétine et dans mes pensées.
Deux photographes chiliens Sergio Larrain et Alfredo Jarr arrivent en tête de mon palmarès personnel.
Sergio Larrain a photographié les enfants des rues, Londres, Santiago, Valparaiso ... Ses images bouleversent tant par le sujet que par le cadrage hors des conventions. Son oeil découpe des fragments de réalité sans crainte du hors-champ, du flou, du plein soleil ... Ses personnages sortent parfois du cadre comme insaisissables. La célébrité à portée de main, il s'est enraciné dans sa terre pour écrire, peindre et alerter sur la destruction par l'homme de la planète-terre.


Quant au travail d'Alfredo Jaar, j'ai reçu ses boîtes empilées comme des cercueils -installation contre le génocide rwandais-, son film muet sur Kevin Carter, ses trois minuscules femmes exceptionnelles Graça Machel / Ela Bhatt et Aung San Suu Kyi, comme autant d'uppercut à l'estomac dont j'ai du mal à me relever. Il s'emploie à montrer avec force qui fait les images, qui les diffuse, qui les possède, pourquoi elles sont là ou au contraire manquent. On comprend physiquement que - face aux images de la presse - on n'a jamais les yeux suffisamment ouverts et l'esprit suffisamment vigilant.

Jean-Louis Courtinat (France) témoigne pour tous ceux en marge de la société, SDF, handicapés, orphelins ... et nous livre des images émouvantes et tendres ou insoutenables. Ses images sont une prise de position militante "Mes photos sont affaire d'engagement".

Gordon Parks a été le premier photographe américain à avoir rejoint la prestigieuse FSA ( Farm Security Administration), c'est un militant antiraciste sur tous les fronts (photos, films). Certaines de ses photos ont fait le tour du monde et c'est la première fois qu'une telle rétrospective lui est consacrée en Europe.
"Ce que je veux, ce que je suis, ce que vous m'obligez à être, c'est ce que vous êtes, car je suis vous, et je vous dévisage dans le miroir de la misère et du désespoir, de la révolte et de la liberté. Regardez-moi et comprenez que me détruire, c'est vous détruire vous-même.".

Quant à Samer Mohdad, ce libanais, il photographie ses "Arabies" pour montrer un autre visage que celui de l'islamisme radical qui est l'image qu'en ont les médias et les consciences occidentales. Il nous montre des pays, des peuples, des gens qui rient, souffrent, sont en guerre perpétuelle et en particulier Beyrouth sa ville natale en mutation continuelle. Son oeuvre est une exploration fouillée de la diversité et de la complexité des mondes arabes, traversés d'enjeux géopolitiques, confessionnels et sociétaux majeurs.

Le néo-zélandais Robert Hammond présente de terribles images sur le Zimbabwe, pays oublié de tous avec 95% de sa population en chômage, 14% de séropositifs, un million d'enfants orphelins. Sa population y est terrorisée et le pays ravagé par Robert Mugabe, 89 ans, président depuis 1980, réélu et qui se cramponne à la tête d'un pays autrefois luxuriant. On peut se procurer son livre "Your wounds will be named silence."



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