samedi 2 juin 2018

Rien ne change jamais sous le soleil (ou hommage à tous les migrants)

"Les îles ? Justement, il n'en reste plus aucune, homme blanc : elles sont toutes mortes, disparues, effacées. Il n'en reste que des solitudes, quelques palmiers et la mer qui autrefois les cachait à la vue et les offrait au hasard ...
C'est toujours la même histoire : vous êtes les maîtres d'une île même si celle-ci n'existe pas. Vous arrivez un matin à surprendre trois sauvages dont l'un va servir de repas aux deux autres, vous tirez un coup de feu qui retentit dans tout l'univers. L'un des sauvages tombe mort, le deuxième fuit vers l'horizon, et le troisième devient votre chose et pose votre chaussure sur sa nuque. Cela s'est passé autrefois, aujourd'hui ou demain. Avec un fusil, un avion de chasse, l'ONU ou selon le droit d'une intervention humanitaire. Vous faites cela au nom de l'humanité, de la sécurité ou des minorités. Celui que vous tuez est un meurtrier, celui qui fuit sera votre ennemi et celui que vous capturez devra apprendre à s'habiller, à manger ses aliments cuits, à faire de la poterie et à vous parler comme vous parlez à votre dieu : en cherchant où se trouve votre coeur dans le vaste ciel sachant qu'il change malignement d'endroit chaque fois que vous tournez le regard. "

Kamel Daoud "La préface du nègre" (Babel). Extrait de la dernière nouvelle du recueil "L'Arabe ou le vaste pays de Ô"

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