S’il fallait choisir des mots pour tenter de dire ce que l’on est
devenu, ou ce que l’on est en train de devenir, puisque tout n’est
pas encore achevé, on aurait besoin de verbes, de leur puissance à
mettre en acte. Et s’il fallait n’en conserver que trois, on
pourrait se contenter de ceux-là : voir, choisir,
être. À combien de révélations, et l’on pourrait même
parler d’apocalypses au sens premier du terme, sommes-nous
confrontés au cours d’une journée, d’une semaine ou d’une
vie ? Et sommes-nous dans la capacité réelle de les voir.
Si l’on pouvait les enfiler
sur le fil d’un collier, peut-être aurions-nous
ainsi un collier à plusieurs
rangs à porter autour du cou..Choisir
de voir est une
affirmation d’être.
Dans ce
jardin d’eau qui me
regarde, il y a tous les songes qui tanguent en surface, des songes
de toutes formes et de toutes couleurs. Ils se rappellent à moi avec
la délicatesse des songes éveillés, ceux qui nous aident à
traverser les mondes où nous errons, ceux qui nous font tenir debout
dans l’espérance d’une cartographie autre, aux
méandres librement dessinés,
ceux qui donnent au regard
l’espérance d’un horizon.
On choisirait de donner à
voir, à étendre aux yeux
des passants, pour que chacun
s’en empare,
des parties de soi sans taches ou légèrement grisées par le temps
qui a fait son œuvre,
et que l’on livrerait à la
volonté du vent, à la délicatesse de l’air et de la lumière.
Une réalité offerte au passant qui passe en silence et qui peut se
contempler en face. Entre l’œil et soi, entre l’œil et le
monde, s’ouvre un regard né des entrailles. Un
coup de foudre ! Le
surgissement d’une vision sortie des ombres qui nous revêtent.
Choisir de voir, sans rien savoir de l’acte lui-même qui se
déroule. De l ’énigme qui se délivre. Voir et choisir de
voir sans le vouloir. Tout cela entre les paupières. Sans chercher à
trouver une vérité dans ce qui est vu. Il
faut d’abord prendre le temps du labyrinthe, avancer avec la
lenteur nécessaire, en tenant avec force, entre ses doigts, le fil
d’Ariane. Ensuite seulement nommer.
Lorsque l’on a pris
suffisamment de recul, il est
alors possible de nommer.
Nommer
pour être. Pour se voir
soi-même. Ça voir.
Savoir. Dans
la cartographie de ses lisières, en tenant bien serrée entre les
doigts, la corde de l’espérance entre passé, présent et advenir.
Cet advenir, imprévisible possible, attendu.