samedi 16 mai 2026

On pense à partir de ce qu'on écrit

 

 

 

 

 


 

« On pourrait tenir le texte fragmenté qui suit pour un ensemble d’aphorismes, mais si le lecteur peut certes toujours en juger comme il l’entend et que les apparences sont contre moi, je me permets de prétendre qu’il n’en va pas exactement ainsi. L’aphorisme, que je sache, formalise et résume une pensée qui le précède et le justifie au lieu que ce que je propose ici procède du principe inverse qu’Aragon a formulé en ces termes : « Je crois encore qu’on pense à partir de ce qu’on écrit, et pas le contraire ». Il peut y avoir similitude de forme mais la différence est de nature. La simultanéité d’émergence – la co-naissance – du mot et de la pensée qui dénie donc sa préséance au concept est évidemment le fait de la poésie. Ce que j’ai écrit n’est pas l’effet de la longue élaboration d’une pense systématique et construite dans une cohérence scrupuleuse, cela relève dans son origine de l’irruption, de l’intuition, du surgissement, du pressentiment, de l’émotion même, du hasard un peu aussi. Nommons cela, si vous le voulez, des pensées-poèmes où la liberté fait loi, où l’emportement, l’éclat de la voix, le tremblement du sens, le doute et l’enthousiasme ont leur part revendiquée. C’est dire aussi qu’il n’y a dans ces propositions du coeur à vif ni leçons données, ni mots d’ordre : les mots plutôt d’un vivant désordre amoureux de la vie, envers et contre tout »

« Un non pour un oui » Pensées-poèmes de Jean-Pierre Siméon nrf Gallimard

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