lundi 24 février 2020

des couleurs

Verts clairs, verts plus foncés des cartes igéennes
Vert épicéen, vert du sapin de Douglas, du sapin pectiné
Vert des pâtures au début du printemps
Vert des prairies tachée de fleurs sauvages

Là où les eaux abondes,
Des populages au jaune plus chaleureux que le jaune frais des jonquilles,
Jaune métallique précieux des boutons d’or âcre.
Blanc vif et discret du faux fraisier, vraie potentille fausse stérile
Différents roses vifs, pâles, soutenues

Bruns roux des landes sur le haut du Chaussitre,
Bruns plus ternes des prés après la neige
Sols spongieux marqués de joncs vert sombre
Là où les eaux s’emmêlent pour former des rivières

Haut plateau mouillé d’eaux vives, courantes, qui serpentent dans le paillasson vert des prairies,
Eaux des neiges infiltrées doucement tout l’hiver jusqu’au début du printemps, eaux fraîches au mains du marcheur l’été, eaux froides, eaux vivantes qui courent…

Des perceptions infimes,
Quand le ciel s’ouvre enfin au levé du soleil

Des lichens colorés sur la roche affleurante
Du vert tilleul, du jaune sur le gris du granit
Vert profond des forêts de conifères marquées
Des taches claires de feuillus
Hêtre, fayard, fagus : érable plane, frêne
Sorbier, sorbus, alisier près des maisons avec
Parfois la silhouette incongrue d’un séquoia séculaire

Le noir a des valeurs diverses aux ciels d’orages : la nuit
Paysage projection d’un inconscient
Silhouettant les arbres

La douleur butte sur le mur invisible de l’ignorance aveugle
Impossible de voir
Par dessus, par dessous, à travers
Limbes

Se retrouver soi-même face à un paysage
De roc de terre et d’eau
De végétaux
D’animaux parfois

Composantes essentielles, du corps, de l’être avec la foudre

Un éclair orangé a fendu l’arbre en deux
Alors ainsi soit-il, enfances éclatées

Le paysage n’est pas nostalgie d’un temps autre
Le paysage-instant, je le vois le regarde
Ciel blanc, bleu, gris
Vert, roux, blanc, les prés aux saisons
Plus sombres les forêts
Et l’éclat métallique de la lumière dans l’eau

Au loin luisent les toits des villages
Tuiles rouges, ardoises grises des clochers
Traces de vies,
Fumées
Voitures qui, en silence, traversent le paysage

Sensation d’être au bord de quelque entrouverture
Sensation diffuse, un rien
Qui résonne longtemps

Sous la réalité topographique des couleurs
Pressentiment d’autre chose
Mécanisme biologique de réalité cachée
Mystère qui disparaît aussitôt qu’aperçu
Aperçu, même pas, senti, pressenti
Aussitôt disparu avant que d’être vu.

Pourtant
le lieu est nu, rien n’est caché
Néanmoins
Une corde intime vibre
Perceptiblement
L’esprit, ouvert, s’apaise

Instants étranges où l’attention flottante perçoit et seulement dans ces instants-là, cette inquiétude transsudante et cet apaisement coloré, vert tendre, vert cru, vert foncé, rose, rouge, bleu, blanc et toutes les nuances de gris et de noirs.

4 commentaires:

Ange-gabrielle a dit…

J'aurais aimé l'écrire ! Quel beau texte ... Merci

Laura-Solange a dit…

Et bien quand tu t'y mets tu ne fais pas semblant!!!

Linette a dit…

Très beau, à fleur de beau, à fleur de peau!!!

jieffebi a dit…

Ton texte m'émeut d'autant plus qu'il y a quelques années j'avais voulu me rendre à son "sommet" comme une autre petite Jorasse peut-être ? Déçu mais parce que ce n'est pas ça qu'il fallait y trouver ou y deviner . Magnifique ta balade des couleurs