samedi 8 mai 2010

Indiens Kayapos

Il nous a semblé plus intéressant de montrer la photo du chef blanc que celle du chef Raoni qui a fait la une de tous les journaux




5 h du mat. Par habitude, je tâte dans le noir jusqu'au bouton-pressoir de mon radio-réveil.
Raoni, chef des indiens Kayapos parle, il vient d'arriver à Paris. Ce chef de 75 ans se bat depuis plus de 30 ans pour préserver la vie des tribus de la forêt amazonienne nord-brésilienne ; elles vivent depuis toujours en parfaite harmonie avec leur environnement. La menace aujourd'hui est plus précise que jamais : un barrage -le Belo Monte- sur le Rio Xingu, affluent de l'Amazonie a été autorisé. Il inondera 500 km2 de terre, occasionnera le déplacement d'au moins 20 000 personnes et devrait devenir le 3° barrage hydroélectrique du monde.
Son peuple a déterré la hache de guerre. Raoni veut tenter de convaincre les présidents étrangers de soutenir son combat.
Le président qui le reçoit aujourd'hui, nous le désignerons pour simplifier l'écriture par la lettre S, prise au hasard, l'accueille après un copieux repas.
"Moi ça me met de mauvaise humeur de sentir l'ail" pense S tout bas, mais depuis qu'on lui a dit l'âge du chef indien, il s'attend à rencontrer un vieillard geignant comme un vieux meuble. Quant à la forêt amazonienne, il s'en fait une idée très nette, il a vu le clichés, tous les clichés de Yann Arthus Bertrand, "La terre vue du ciel" est son livre de chevet, les plus belles cartes postales qu'il ait jamais vues. Cet entretien est donc pure routine. Une affaire expédiée au pas de course. Et puis se dit-il : "Mes abandons ont les reins solides", quoiqu'il me demande, je n'en serai pas à la première promesse non tenue, promettre n'engage à rien.
Voilà qu'entre ce chef impressionnant, immense, puissant, déterminé. Le labret - large plateau à la lèvre inférieure- qu'il arbore est le symbole que sa vie vaut moins que celle de la terre et qu'il est prêt à mourir pour la défendre.
Posément, il explique la disparition d'un mode de vie, la destruction de la forêt, il parle de la terre comme d'une compagne si passionnellement amoureuse qu'à tout instant sur le point de bondir elle nécessite comme un jaguar parmi nous que nous la surveillons, que nous guettions chacune de ses réactions à nos maltraitrances. Il tente de faire comprendre le peu de vie qu'il reste à notre planète-terre si on continue à la maltraiter ainsi.
Il parle aussi longtemps qu'on le laisse parler, puis il se lasse du sourire amusé du petit chef blanc, de ses bâillements retenus. Las de ne pas convaincre par ses mots, il s'arrête, se lève et calmement sort de sa poche un tout petit sablier et sans un mot le dépose sur le grand tapis d'apparat du petit salon de l'élysée et le sable se met lentement à s'écouler.

(en italique, les mots "sortis" de la boîte)

2 commentaires:

  1. je découvre ton nouveau texte dans les effluves odorantes d'un pain d'épices en train de cuire dans mon four, (*_*)
    je souris, il me plait beaucoup,
    il est drôle et porteur d'un vrai message ;
    mais j'aimais aussi la version-atelier déjantée qui nous a tellement fait rire...

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  2. Deuxième version plus travaillée et intéressante!

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