dimanche 25 mars 2012

Reflets, la nuit

 
Tout l'après-midi, nous avions circulé sur une route large, mauvaise, face à un ciel brillant. Le dos en compote, le coccyx meurtri par les trous profonds de la chaussée laissés par l'hiver et le non-respect des barrières de dégel, nous arrivons vers dix-huit heures trente dans cette ville : La Grande Beausseigne, c'est son nom, comme d'autres s'appellent La Grande Motte.
Aussitôt garés, nous nous engageons dans une rue commerçante aux grandes devantures vitrées dans lesquelles le soleil couchant fait miroiter mille reflets : contre le ciel resplendit brusquement un lavabo ou une baignoire ou d'autres faïences, comme des fruits demeurés dans les arbres jusqu'en cette fin de février. Nos silhouettes rougies, déformées grimacent parmi les faïences. Yeux écarquillés, appareils photos prêts à saisir les images insolites, mains gelées, nous savons qu'il ne nous reste que peu de temps avant la nuit, et que la ville est une taupinière, surtout le soir. Quand l'obscurité la recouvre, ça a beau s'agiter en dessous, si l'on n'est pas du coin, on n'en sait rien. C'est l'ignorance et on peut très facilement passer tout près de mystères indécelables. Dans une dizaine de minutes, tout au plus, la nuit recouvrira tout, parcs, rivière, rues, seuls les halos des lampadaires publics seront réellement vivants. La ville devient vite le fleuve de l'oubli, de tout oubli.
                              photo JF Barthale

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