samedi 24 novembre 2012

Chère pierre, Chers Pierre

Souvent je vous écris, je pourrais même dire que je n'écris qu'à vous. De tout temps vous m'abritez et m'habitez, si bien qu'il est difficile à la longue de savoir qui de la pierre et qui de la Marie.
Pour mes compagnes et compagnons, la chose n'est pas nouvelle, ils savent que je vous porte sur mon dos comme une bosse de chameau,
dans mon coeur comme un ancêtre,
dans ma tête comme un étau,
dans mes dents comme l'arête d'un pont,
autour de mon cou comme un bijou,
en moi comme un rêve.
Dans un moment propice, vous m'écriviez aussi.
NOUS CORRESPONDIONS.
Un rêve incarné mais jamais touché, un écheveau de filaments sans amants qui s'ajoutait à ma cathédrale de brume.
Comme j'aimais votre voix sans timbre lorsqu'elle illuminait mes heures sombres !
Comme la pierre de rêve inspirant les "lettrés" d'Orient, les pierres croisées sur ma route me font écrire des kilomètres de vie en rose, veinée de noir ; assise sur ma pierre tombale, je me regarde vivre. 
Votre dernière lettre parlait de renaissance après un baptême de mer Egée. Tout le bleu de votre douceur lisse  s'est alors fondu dans l'immensité vide et profonde qui relie les êtres malgré eux.
Ce soir votre effigie est à nouveau là, parée de ce paysages de steppes de l'Oisans entrevues une fois, d'un certain coin de mon enfance traversant la solitude qui s'invente des mondes ; le chemin que vous êtes serpente à travers les pins, l'énergie qui irradie de votre moelle effleure dès que l'on caresse votre peau, qui n'est que froidure apparente, qui fait penser que vous êtes vivante, sans âge, au-delà de la mort.
Ainsi, vous avez toujours été là, pleine de ciels et d'oiseaux, déposée, éternelle, sans artifice. Même si je feins de vous oublier.
Pierre : nom commun féminin, très féminin, prénom donné parfois aux hommes en cadeau.

3 commentaires:

  1. la fin est superbe, le texte très beau et j'aime cette immensité profonde qui relie les être malgré eux

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  2. il y a quelque chose d'éternel, énergie sans fin, se réalimentant...

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  3. Pas de mot pour dire l'émotion ressentie, une larme, comme un grand secret partagé, c'est peut-être ça l'âme dont on nous parlait enfant.

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