samedi 5 janvier 2013

A Marie de Vallonpierre, Marie, Pierre ... Lìn ... et les autres

 Se choisir un nom

« Normalement, notre nom ne dépend pas de nous. Reçu, hérité, donné par les autres, c'est toujours du dehors qu'il vient. Nous sommes nommé, nous le sommes déjà avant même de savoir notre nom, nous ne forgeons pas ce signe, il ne dépend pas de notre choix.
Sauf pour quelques uns, en de rares occasions. Les fugitifs, réfugiés, exilés qui doivent vivre, pour survivre, sous une nouvelle identité. Les artistes – acteurs, chanteurs, peintres, écrivains – qui prennent un nom de scène, un nom d'auteur.
Toutefois, la plupart de ces choix sont contraints : il faut un nom qui ne se remarque pas trop, soit facile à retenir, sonne aisément dans le registre déjà existant. Ce nom est d'abord pour les autres, pas pour soi.
Si vous pouviez créer votre nom, celui qui vous va, qui vous ressemble, qui exprime vraiment qui vous êtes, quel serait-il donc ? La question même peut paraître curieuse. Ce nom existe-t-il ? Comment le forger ? Surgit-il d'un coup, comme une révélation ? Faut-il au contraire chercher par tâtonnements, multiplier essais et déceptions, hésitations et recommencements ?
Ca fait quoi, finalement, de se donner un nom ? On le trouve d'un coup, comme on déniche une trouvaille – caché quelque part, en attente ? Ou bien on l'invente, de toutes pièces, pas sûr que ce soit le bon ? Pourquoi vous convient-il ? Comment fait-il pour vous correspondre ? Quelle est donc l'énigme de cette articulation, toujours mal élucidée, entre les personnes et les noms ?
Et aussi, peut-être, cette étrange illusion : le nom, toujours le même, nous fait croire qu'il existe un individu, toujours le même, un élément qui persiste et perdure, ne varie pas, demeure infiniment égal à lui-même. Or ce n'est pas sûr du tout.
Il est possible, au contraire, que nous soyons très différents d'un âge à un autre. Ou même d'une année, d'un jour, d'une heure à l'autre. Faudrait-il, du coup, se donner chaque fois un nouveau nom ? Dire : « Ce matin, je m'appelle ... » sans savoir si, ce soir, ce sera toujours le cas ? Ou bien faut-il n'avoir pas de nom ?
Tout cela ne simplifie pas les cartes d'identité."

R P Droit "Petites expériences de philosophie entre amis" PLON p 122 Les caractères gras sont rajoutés

1 commentaire:

  1. nos noms ne sont pas nos noms, c'est pour ça qu'on les appelle nos noms

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