vendredi 4 janvier 2013

réponse de Stéphanie à la lettre de Martin pour la Pierre de rêve


une vraie correspondante (qui n'est donc pas Lin) cachée sous le nom de Stéphanie, à qui Martin avait écrit pour la remercier de la pierre de rêve ramenée de Chine, et pour lui faire part des idées qu'elle lui a insufflées pour se débarrasser d'un chef, porte ici le pseudo de Marguerite (car elle aime bien les vaches) pour expliquer ce que la pierre lui a fait lors de son voyage à Pékin. 
(réponse à Martin)
Hello Martin,
Pour la pierre, la Pierre de Rêve, voilà comment tout a commencé.
La première fois que j’ai posé mes yeux sur elle, cela faisait à peine trois jours que j’étais arrivée à Pékin. Je n’étais alors qu’une débutante en voyage autour du monde. Tu te souviens que je voulais vivre quelque chose d’intense, de dépaysant, voire de violent, tout de suite. Il était hors de question que je m’installe tranquillement dans une routine et que je me déprenne par petites touches. Non, j’avais besoin d’une sorte de choc et c’est la raison pour laquelle j’avais choisi la Chine, et Pékin, comme destination initiale. De ce déracinement, j’en attendais quelque chose, et la non transition devait jouer un rôle dans mon expérience. J’avais envie d’être désorientée au sens premier du terme : oui, il me fallait perdre mon orient, faire tout éclater. Je peux dire maintenant, avec le recul, que j’en attendais une sorte d’implosion interne, qui me permettrai de faire table rase d’un seul coup, de me brûler pour voir ce qui repousserait ensuite.
L’arrivée à l’aéroport avait été à la hauteur de mes espérances. Tu m’imagineras sans peine débarquant sur le tarmac lessivée par toutes ces heures de vol, humant l’air et happant du regard le monde qui m’entourait, avide de me dissoudre dans cette nouveauté. Je me sentais vide, réceptive, légère d’une sensation que je n’ai pu nommer que bien longtemps après. Cette sensation était celle d’une joie d’être dans le dépouillement, dans l’absence de recherche d’un confort quelconque. Une fois l’immigration passée, je me suis assise sur un banc avant de quitter l’aéroport. Personne ne m’attendait. A priori, je n’aurais que des échanges superficiels pour demander une information, pendant longtemps. C’était une forme extrême de solitude au sein même du pays le plus peuplé du monde. J’ai essayé de me rassembler, et de faire le point sur mes sensations. Mais les critères anciens et habituels étaient inopérants : je ne savais pas trop si j’avais faim, soif, ou sommeil. L’heure même n’était pas très parlante puisqu’on était quelque part entre le jour d’avant et le jour déjà vécu pendant le vol. Le plus délicieux était que je n’avais même pas envie d’être bien, ni confortable, ni en sécurité. Je souhaitais juste me sentir vivante, dans toutes les sensations extrêmes et contrastées que cela suppose. A ce stade-là, mon voyage s’annonçait bien : je me sentais délicieusement bizarre, et me nourrissant de cette expérience étrange, il m’apparu que j’étais déjà rassasiée de ce que j’étais venue chercher. Presque j’aurais pu rentrer en France, tant mon but paraissait si rapidement et parfaitement atteint. Un policier, ou un militaire en uniforme et venu me dire quelque chose. Je n’ai rien compris. Le ton semblait agressif, je ne savais pas s’il avait parlé en chinois ou en anglais. J’ai cru comprendre qu’il fallait que je me lève parce que j’occupais ce banc depuis longtemps. En me remettant debout, j’ai eu, d’une façon fugace, le sentiment d’une perte terrible. Ce petit banc pas même confortable, je n’avais mis que quelques instants à le faire mien et à m’y sentir comme chez moi. Sommée de m’en extirper, je comprenais brutalement que mon voyage commençait réellement maintenant, une fois passé les contrôles, la douane, les fouilles, et le parquement rassurant dans les zones transitaires des aéroports où finalement, on fait ce qu’on nous dit de faire, au moment où il faut le faire. Car à présent, nulle hôtesse pour me guider vers ma place ou m’apporter un jus de fruit. C’était à moi de faire le premier pas et de décider de mes activités pour le restant de la journée.
Je me suis rendue dans l’hôtel que j’avais réservé (prévoyant malgré ma soif de désorientation qu’il faudrait un point de chute fixe pour débuter mon apprentissage du nomadisme volontaire et de longue durée). Au début je suis peu sortie, et puis finalement, j’ai commencé à arpenter les rues, jusqu’à me perdre dans celle où j’allais rencontrer la pierre. Il se trouve que c’était un tout petit restaurant. Vraiment modeste. Dès que je suis entrée, j’ai été happée par un objet qui était posé sur le comptoir. Pendant tout le repas, que j’ai pris face à la pierre, j’ai eu le sentiment d’une compagnie rassurante. Bienveillante. A un moment, le patron a suivi mon regard, et m’a ensuite observé longuement sans se cacher, ce qui est est très peu dans les habitudes chinoises. Puis il a sourit, a apporté la pierre et l’a posée en face de moi. Qu’il l’a touche m’a fait un petit choc. On aurait dit qu’elle était déjà une partie de moi, et qu’il m’était physiquement douloureux de sentir des mains étrangères la transporter. Puis, il m’a parlée, en me demandant si cette pierre m’intéressait, si j’avais envie de la voir de plus près, de la toucher. Au début, je n’ai pas éprouvé le besoin d’entrer en contact avec elle. La regarder me suffisait. Et plus je passais de temps à l’observer, plus j’avais le sentiment de m’absorber en elle, et d’y rencontrer une apaisante sensation d’unité. C’était un moi unifié, soudé, dense, plein, que la pierre me renvoyait comme une image émotionnelle.
Au bout d’un très long moment, j’ai eu l’impression d’avoir fait le plein de cette sensation, et d’être gonflée d’une énergie neuve. Exactement comme si on avait rempli un réservoir émotionnel d’un carburant spécial, dont je ne savais ni qu’il existait, ni qu’il pouvait être vide. C’était très étrange, car j’étais à la fois complètement apaisée, et particulièrement fébrile et bouillonnante. Des idées neuves, des vieilles aussi, se sont mises à percuter mon esprit et à tourbillonner comme la neige pendant une tempête. J’éprouvais une bourrasque d’idées. J’ai arrêté de regarder la Pierre, et je me suis dit que cela avait été merveilleux, et que peut-être son souvenir, lorsque je serai sortie de ce restaurant, suffirait à procurer de nouveau ces sensations. Au moment de payer, j’ai dit au patron : « Elle est vraiment curieuse, cette pierre, je suis contente de l’avoir regardée. » Le patron m’a alors souri, puis il l’a prise, l’a emballée, et me l’a donnée. Je ne comprenais pas : s’agissait-il d’un cadeau ? Fallait-il payer quelque chose ?  J’avais l’impression qu’il s’agissait d’un trésor inestimable et ma condition de voyageuse volontairement pauvre ne me préparait pas à acheter des pierres précieuses au bout de trois jours. Le patron m’a alors expliqué que cette pierre était très vieille, beaucoup plus que ma civilisation occidentale, et qu’elle était dans sa famille depuis plusieurs générations. Il n’en était pas le propriétaire, pas plus que son père, et ses ancêtres avant ne l’avaient été, mais le gardien. Il s’agissait d’une Pierre de Rêve, dont les propriétés étaient différentes selon les personnes qui en étaient dépositaires. Il m’a aussi dit que cette pierre ne pouvait pas s’acheter (elle existait bien avant l’invention de l’argent), qu’elle était plutôt confiée. Il savait toujours reconnaître à qui la confier, à une certaine intensité du regard, une certaine attention accordée à l’objet, et une absence totale de désir d’en devenir le propriétaire par l’achat. Apparemment, mon attitude correspondait à celle du futur dépositaire de la pierre. Je lui ai demandé comment il était possible que cette pierre soit encore dans son échoppe, alors même qu’il m’expliquait le rôle familial de gardien. Il m’a dit que cette pierre  revenait systématiquement dans sa famille, une fois son oeuvre achevée. C’était un objet dont les propriétés, puissantes, s’exerçaient pendant un certain temps. Ensuite, le dépositaire sentait qu’il fallait s’en séparer, afin qu’elle accompagne quelqu’un d’autre. Elle tournait autour de la terre, cette pierre, et finissait toujours sa course dans son restaurant. Ensuite, elle repartait. Cela faisait des générations et des générations qu’il en était ainsi. Il n’était pas inquiet, et même content de savoir qu’elle reprenait du service. Il m’a demandé quelle était ma nationalité, et devant ma réponse, s’est réjoui : « Ha oui, la France, la pierre connaît, elle y  a déjà séjourné plusieurs fois. Oui, elle sera contente de retourner en France. »
Voilà donc Martin, comment je me suis retrouvée en possession de la pierre. Ce qui s’est passé entre elle et moi, avant que je ne te l’envoie est une autre histoire. Mais je t’assure que son pouvoir est fort. Mais peut-être doit-il servir des intérêts plus grands que la seule chute (espérée, certes), de B. Je te souhaite, - si ce n’est déjà fait- un bon restau avec « la petite comptable » …
A bientôt
Stéphanie

3 commentaires:

  1. J'attends maintenant avec impatience la suite, l'autre histoire, celle qui s'est passée entre la pierre et elle. C'est passionnant, bien parti, tu tiens un bon filon pour une nouvelle passionnante, voire plus

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  2. mais c'est la vraie marguerite qui écrit, pas moi, je n'ai fait que mettre son texte sur le blog. Elle sera contente en lisant ton commentaire, merci.

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  3. Qui que soit Marguerite, ça n'empêche pas d'écrire la suite ...

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