vendredi 24 mai 2013

consigne du 23 mai (2)

II. Ecriture chirurgicale

Prenez une pointe de crayon
Dessinez les contours du récit
Gommez les adverbes, le trop-plein des substantifs
Puis posez un voile parfumé sur l’énigme que vous souhaitez développer
Donnez vous pour règle d’ajouter une beauté simple à la narration
Procédez à l’endormissement de vos dispositions correctives
Ne vous acharnez pas sur votre labeur, vous ne partez pas pour une terrible bataille envers et contre vous
Renoncez à la force guerrière du bien dire
Ecrivez comme si vous posiez une caresse crissant sur le grain du papier
Dites vous que vous faites apparaître un sens non-né
Il n’y a rien de plus majestueux qu’une douleur de l’écrire soumise à l’anesthésie du mouvement de l’être en-train-de-devenir-l’écrivain-qui-s’ignore-encore
Pansez les blessures noires de votre amour propre, de vos humeurs moroses, de vos désirs déçus
Avec un phonoscript enregistrez vous, puis écoutez le nouveau monde qui commence à poindre
Recousez les morceaux de chair de vos brouillons épars, comme si vous entriez dans une maison génoise : respectueusement
Ajoutez de la ferveur à vos ultimes mots
Le dernier jour, relisez-vous à travers le miroir magique de l’oubli de la nuit. Vous y verrez les rouages de la machine à explorer l’imaginaire qui se sont joués de vous.
Faites lire votre texte : le lecteur, l’éditrice, s’y verra comme si vous aviez écrit pour elle, pour lui, sur elle, sur lui
Cette lecture recomposera votre récit, le réinterprètera, y déposera sa propre légende, sa propre patte.
Vous aurez peut-être le sentiment de vous éteindre comme une peau de chagrin, d’être une lanterne qui a épuisé son huile d’avoir trop brillé, constellé, scintillé.
Ne croyez pas que vous avez raté, n’arrachez pas les pages
Abandonnez délicatement votre texte comme on offre un filtre d’amour à l’absente, portez au bûcher votre possessivité, votre lâcheté, votre mélancolie.
Laissez le texte s’incorporer en nous :  il deviendra œuvre, abandon de la simple présence.

2 commentaires:

  1. les 2 à la suite, c'est encore mieux. J'ai entendu que quelque part en France il y avait la fête des mots (vers chez George Sand je crois), je trouve que c'est bien la fête ici aussi

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  2. Comme finalement, je ne m'y suis pas mis (ça viendra...), n'y tenant plus, ce soir, j'ai lu tous vos textes les uns derrière les autres. J'aime particulièrement celui-ci : quelle belle leçon d'écriture, quelle poésie, quelle justesse

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