jeudi 8 octobre 2009

Chemin (2)

Il suffit de se retourner et de contempler l'étendue, une sorte de paysage qui ressemblerait aux Estables, rude altiplano d'une vue bâtie par les vents, et le regard libre de droits se heurte à une ferme solitaire, à un bouquet de rochers pointus, à un arbre agrippé au ciel pour ne pas mourir. Le regard qui se heurte et ricoche d'obstacle en écueil, mais n'embrasse pas tout, et cueille l'horizon comme un reposoir au point de partage des eaux et sait que tôt ou tard il y aura la mer, comme un début en soi.
Au début du chemin était ma mère, et lorsque je regarde le chemin parcouru, elle me talonne, comme si son âge la rapprochait de moi, comme mon autre petite fille. Elle m'appelle au téléphone, elle m'appelle, me disant pour la première fois "je n'avais pas bien compris, j'avais besoin d'être rassurée".
Que devient le chemin lorsqu'on devient la mère de sa propre mère ? Je suis à la croisée avec mon enfant qui lâche ma main, se hisse à ma hauteur de femme, tandis que la vieille main de ma mère se tend vers la mienne déjà tavelée, pour que je la soutienne.
Sur l'altiplano des Estables, je me tiens dans la maison solitaire, petite lumière vacillante dans la nuit, du moins j'espère. Des chemins en étoile et beaucoup de culs de sac dont certains remplis de trésors, car il faut savoir aussi rebrousser chemin pour avancer.

1 commentaire:

  1. J'aime bien "l'altiplano des Estables" ...et la teneur du fragment que tu livres. Bravo pour la rapidité de mise en ligne...

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