mercredi 14 juillet 2010

Fuguer


Fuguer :

Qui n'a jamais rêver de disparaître pour de bon ? Je ne parle pas de fuguer pour quelques jours. Seul votre entourage immédiat s'en rend compte et encore ... Je me souviens, étudiante, ne rentrant dans ma famille que le week-end, avoir fugué plusieurs fois dans la même année, sans que personne n'en aie rien su. L'auto-stop m'emmenait loin en une journée et j'ai plusieurs fois passé une journée aux Sainte-Maries de la Mer, il m'est même arrivé d'y rester cinq jours et de dormir sur la plage sans que quiconque ne s'en inquiète. Grisée par une sensation de liberté, un paquet de gauloises en poche, sans le sou, j'étais convaincue que la vie qui s'étalait à perte de vue devant moi aurait en permanence ce goût de soleil et de mer, serait perpétuellement cette perspective béante sur l'immensité des possibles. Le monde tout neuf se levait pour moi dans sa splendeur. J'ai appris depuis que cela s'appelle des "vacances" et n'est qu'une parenthèse dans une vie qui bien souvent se résume à cela : attendre les vacances.

Non, je veux parler de disparaître . Totalement. Aucun de ceux qui me connaissent n'ont la moindre idée d'où je suis passée.
Etre totalement ailleurs, dans un monde inconnu, entourée de personnes qui ne m'ont jamais vue. Des rencontres, le coeur et l'esprit poreux. Sismographe exposé à toutes les sensations, aucune habitude, chaque geste nouveau, tout à inventer, sursauter au moindre vent, être bouleversée par tout ce que je vois.
Personne n'attend rien de moi ou, chacun espère tout de moi. Pour un temps, finis les clichés, l'enfermement. Endosser une nouvelle peau tout en étant la même à l'intérieur. Ne pas être une autre, ni recommencer une autre vie, non, la continuer anonyme, sans le poids des regards de ceux qui me connaissent trop (ou le croient). Etre une passante dans la rue, dans une chambre d'hôtel. Me débarrasser de tous les objets qui m'appesantissent. Laisser tomber derrière moi la vieille peau des savoirs, des certitudes, des culpabilités... mais, tout à coup, les attaches, amours, amitiés me bloquent aux jambes, celles-là me lient trop fort, alors je "me" prétexte hypocritement ... médicaments, poids de la fatigue ...
Je ne fais que fabuler, incapable de passer aux actes.
Je reste au fond persuadée que le possible vient juste après l'impossible et que je ne sais pas aller vers l'aube et me débarrasser de tout ce qui pèse.

2 commentaires:

  1. Se retirer du monde c'est aussi se retrouver
    ailleurs autrement
    vraiment
    être vacant à l'intérieur
    léger vide
    un autre et pourtant soi
    je ressens aussi cela très fort
    on n'ose pas et pourtant!!!
    Les parenthèses de nos vies ne sont elles pas nos trésors secrets!

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  2. Merci pour ce beau commentaire. Paradoxalement, je me sentais si seule en ce 14 juillet

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