mercredi 11 février 2015

PROPOSITION VII.


     Ecrire serait pour moi une seconde peau, une cape jetée sur les vides, le absences éphémères, les absences éternelles. Un vêtement trop grand , béant sur les rencontres aux couleurs rouge sang, aux lèvres morfondues de l'inquiétude de ne pas te voir naître, t'approcher, traverser ce champ le matin, te pencher, te couler dans la glaise puis disparaître happé par la plume, la nuit.
     T'imaginer, te voir, te modeler dans l'infini des mots, perpétuer l'image que renvoient les virgules, additionner les points comme autant d'interrogations, d'exclamations muettes, de souffrances vécues par toi, tous ces agrégats qui me sont inconnus, que je côtoie à travers le langage, qui sont les compagnons des lignes, parenthèses ouvertes sur le portrait incertain que je dessine et te destine contre l'oubli, tout contre l'oubli de toi, du temps qui coagule les souvenirs et fais de la méconnaissance sa compagne servile.
     Ecrire pour ne pas te laisser disparaître comme le sillon qui a happé ta vie, comme la guerre qui a fait des tranchées ton cercueil de verre, comme l'oreille que je t'ai vu tendre à la fin de tes  jours pour collecter les mots, les intempéries de la vie qui s'enfuyait.
     Je ne sais pas où tu m'emmènes. On dirait que je te suis ou que je te précède, je te suis à la lettre, je t'invente, te fabule, te brode, je retombe dans ta réalité, dans ma réalité qui n'est déjà plus  tienne, un grand-père qui passe, un chemin, dans son chemin, un sillon, un trait fin sur la page, un grand-père de papier.

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