lundi 8 mars 2010

lettre avec rilke


Cher A,


voici que pour la première fois je choisis la solitude. La grande solitude qu’est à mes yeux l’absence de l’amour ; m’éloigner, et ne rencontrer des heures qui passent que le souvenir de nos heures passées ; le détachement, c’est à cela qu’il faut parvenir. Etre seul(e), un peu chancelant(e) au bord du flot tumultueux tandis que les grandes personnes vont et viennent avec des allures pleine de certitudes qui semblent grandes à l’enfant que je suis redevenue ; je n’ai jamais pu me tenir comme les grandes personnes s’en allant par la vie avec des liens rassurants, sans doute parce que je ne comprends rien à ce qu’elles font. S’il existe autre chose que la liberté entre les hommes et vous, essayez de m’en convaincre ; le mariage comme une assurance qu’ils ne vous abandonneront pas. Il y a bien ces choses, mais je ne sais m’y résoudre ; si je regarde les vents qui agitent les arbres, ils me parlent du désir qui a chaque instant peut nous traverser ; il y a le monde des choses et celui des sens, de la sensualité, des sentiments auxquels vous pouvez juste faire semblant d’échapper ; aujourd’hui je préfère, toujours comme l’enfant que je redeviens me laisser porter par le vif courant et si vous pensez à votre tranquille sérénité ou si je nous manque, retournez aussi parmi les enfants secrets. Les seuls êtres vraiment libres et qui n’ont peur de rien, parce que leur dignité ne répond à rien.

Je vous embrasse.
N.

(avec les mots de Rainer Maria Rilke)



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