vendredi 8 avril 2011

Un article magnifique de Jacques Jouet à lire dans son intégralité dans Bulletin des Bibliothèques de France : cliquer sur le titre du message

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Un livre est imprimé en plusieurs exemplaires. Parmi d’autres signes, celui-ci veut dire qu’on n’est pas seul au monde. Qui a lu tous les livres n’a pas lu tous les exemplaires de tous les livres. Personne ne le lui demande. Il ne se le demande pas lui-même. Lire tous les exemplaires d’un livre unique à fort tirage, ce pourrait être une belle monomanie. Il est unanimement reçu que, dans la très grande majorité des cas, tous les exemplaires d’une même édition sont identiques. On en est tellement sûr que personne n’est payé pour le vérifier systématiquement. On se contente de ponctions. Il y a parfois des accidents : un cahier manque, ou se redouble ; un coin de page est replié. Dans une bibliothèque, il n’y a pas habituellement plusieurs exemplaires d’un même ouvrage, sauf si la bibliothèque prête au grand public et que ce titre est très demandé. Parfois, dans les usuels, on trouve deux exemplaires du même. On peut espérer, un quart de seconde, que c’est un livre en deux volumes, qui n’en serait que plus complet.
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Un jour, j’étais enfant, sur la route nationale 7, un poids lourd versa, et déversa sur le macadam une cargaison de catalogues Manufrance. J’en récupérai un stock. Il y en avait tant, que j’eus bientôt toute licence de ne pas les respecter : coloriages, découpages, écritures empruntées, dont je remplis une valise, pas même gêné par le problème du recto verso, qui oblige habituellement à choisir entre deux images. Bientôt, les exemplaires dépiautés n’étaient plus identiques
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Un jour, ma femme était en voyage loin, et avant de partir elle m’avait promis que, de ce loin, elle m’enverrait un baiser. On sonna à ma porte, et c’était une messagère de sa part, qui m’embrassa généreusement à pleine bouche, en me précisant que, oui, ce baiser, c’était de la part de ma femme. Je proteste : « Mais qu’est-ce qui me le prouve ? Vous n’avez pas… je ne sais pas, une bague à elle, un signe indiscutable pour l’attester ? » Elle enleva sa robe en disant : « Est-ce que ces sous-vêtements ne sont pas à elle ? Est-ce qu’elle ne me les a pas confiés en prévision de vos doutes ? Elle m’avait assuré que vous les reconnaîtriez les yeux fermés, rien qu’au toucher. »

le début et la suite en cliquant sur le titre du message

et Jacques Jouet est membre de l'OULIPO

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