mardi 18 septembre 2012

le rêveur de mots


.. je suis un rêveur de mot, un rêveur de mots écrits, je crois lire, un mot m’arrête, je quitte la page, les syllabes se mettent à s’agiter, des accents toniques se mettent à s’inverser, le mot abandonne son sens comme une surcharge trop lourde qui empêche de rêver, les mots prennent alors d’autres significations comme si ils avaient le droit d’être jeunes, et les mots s’en vont, cherchant dans les fourrés du vocabulaire de nouvelles compagnies, de mauvaises compagnies ; que de conflits ne faut-il pas résoudre quand, de la rêverie vagabonde, on revient au vocabulaire raisonnable, et c’est pis lorsqu’au lieu de lire je me mets à écrire ; sous la plume, l’anatomie des syllabes se déroule lentement, le mot vit syllabe par syllabe, en danger de rêverie interne, le mot est un bourgeon que tente la ramille, comment ne pas rêver en écrivant ? c’est la plume qui rêve, c’est la page blanche qui donne envie de rêver, oui vraiment les mots rêvent ..


gaston bachelard
«poétique de le rêverie»





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