lundi 27 octobre 2014

perso 1/ celle qui attend

Dans la rue, il est presque huit heures . Enfin la rue n'est pas vraiment le terme adapté, ici on appelle calle cet espace étroit bordé de maisons d'où rien ne filtre de ces vies bien cachées. Elle surgit d'un coin sombre, et sombre elle l'est aussi dans sa tenue de vieille vénitienne. Parvenue au pied d'un pont qui enjambe un rio, elle se fige dans l'attente du premier passant qui avance derrière elle. Elle glisse son bras sous le sien en tâtonnant un peu, puis, sans qu'il soit possible à l'homme de refuser, elle lui murmure qu'elle ne voit plus grand-chose et qu'elle a peur de monter sur le pont toute seule. A 86 ans elle est encore alerte mais sa vue faiblissant elle n'est plus aussi sûre de son pas qu'avant. L'homme ainsi agrippé ralentit son allure, l'aide à franchir cet obstacle et pousse le zèle jusqu'à l'aider à passer le second pont éloigné de quelques dizaines de mètres seulement. Toujours sans le regarder, la vieille femme le remercie avec volubilité, lui baise la main et susurre «  Lei è un angelo, un angelo ». Sans s'être vraiment vus, ils se séparent et poursuivent leur trajet d'obscurité . Cette vieille vénitienne aurait pu sans doute se faufiler dans la trilogie de Kieslovski à l'image de sa consœur polonaise éprouvant une certaine difficulté à insérer une bouteille dans le container à verre qu'on retrouve à trois reprises dans Bleu, Blanc et Rouge. Une manière simple d'insister, de dire qu'il y a quelque chose à lire dans ces petits gestes du quotidien, à déchiffrer une philosophie de la vie et décrypter les signes qui se murmurent ainsi. Un pas à faire, il n'y a parfois qu'un pas à faire pour qu'un sourire naisse sur un visage.



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