mardi 28 octobre 2014

perso 2/ celui qui va travailler

Il descend du vaporetto provenant de la gare de Santa Lucia peu après 9h . Vêtu d'un costume clair mais strict, se tenant très droit et le regard porté loin devant, il fend la foule de touristes, agrémentant sa traversée de quelques permesso afin qu'on lui laisse libre le passage. Une petite serviette de cuir noir pend au bout de sa main gauche et de la droite il tient le quotidien Il Gazzettino acheté à la gare. Il traverse la Piazzetta le long du Palais des Doges en doublant la file d'attente déjà formée des touristes attendant patiemment de pouvoir entrer dans la basilique. Il n'a pas un regard pour les merveilles qui se déclinent sur cette façade, il contourne l'église sur sa droite et s'engouffre dans une calle où très vite il entre dans un bar , salue le patron , boit un café où il trempe une brioche tout en feuilletant les pages de son journal. D'une élégance d'un autre âge, il a cet air digne et ample qui laisse la lumière, qui à Venise est reine, se glisser dans la lenteur étudiée de ses gestes : on se croirait dans un tableau de Vermeer. Si on observe mieux, il feint la lecture des informations car son regard se pose sur le grand miroir derrière le bar où se reflètent les clients assis derrière lui. Il scrute plus précisément une femme seule buvant elle aussi un café, triturant un téléphone portable en semblant hésiter à composer un numéro ou espérant peut-être une sonnerie libératrice. S'il était dans un film ou un roman, il pourrait s'approcher de la table sous un fallacieux prétexte et engager une conversation. Mais son café est bu et il est l'heure pour lui de se rendre au travail. Il pose les euros nécessaires sur le comptoir, replie le journal, salue le patron d'un joyeux Ciao Pasquale  et sort dans la ruelle sans un regard vers la jeune femme . A quelques mètres de là , il ouvre la porte qui conduit au musée diocésain d'art sacré de Venise surplombant le cloître Sant'Apollonia où il restera la journée en embuscade derrière la fenêtre, à espérer la venue de la femme du café. Donnant l'illusion de contempler la statue sans tête avec enfant sur les genoux située sous une des galeries du cloître, il imaginera plusieurs scénarios de rencontres ….




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