jeudi 3 décembre 2015

Pas de musée des rêves

Les rêves bougent sans cesse. Ils courent, volent, s'envolent, s'interpénètrent. Quand on veut les écrire ou les raconter, ils s'échappent, s'évadent. J'ai bien essayé de les collectionner, de les épingler comme des oeuvres dans un musée, de les mettre en conserve, de les consigner dans un grand cahier. Quand j'ouvre le cahier des année plus tard, je ne les reconnais pas, ils ne sont plus miens, ils n'ont l'air de rien. Tout a fondu dans le papier. Envolés les images dynamiques, les glissements de sens, les changements d'époques, de personnages. Disparues les superpositions de lieux et les paroles immédiatement intelligibles. Les rêves résistent mal au bocal. Ces traces sur le papier ne sont que résidus mémoriels sans vie. Ce n'est qu'en rêvant à nouveau que je plonge dans cet abîme de visions et de mise en abyme.
Dans un musée, bien sûr, je peux rêver, voler des images qui viendront hanter mes rêves. Je peux thésauriser sans m'en rendre compte tout un bestiaire qui viendra alimenter un imaginaire que j'ai longtemps cru personnel. Des figures de Goya, Dali, Ensor et tant d'autres hantent mes rêves ou leur donnent figures et formes.
Enfant, un temps, j'ai eu la capacité, en fixant le plafond, les rainures dans un plancher ou une quelconque tache d'humidité sur un mur, d'y voir tout un peuple merveilleux d'elfes et lutins ou grouillant de visions de monstres et de loups. Les murs parlaient, sous les lits se glissaient des fantômes, cachés derrière les rideaux, des yeux me regardaient. J'habitais alors des lieux peuplés d'un monde qui s'est, peu à peu dépeuplé, vidé asphyxié. Où sont allés ces vivants habitants, nombreux, mouvants, fidèles compagnons quoique rarement bienveillants. N'auraient-ils pas été épinglés sur un mur ?

1 commentaire:

  1. par rapport au commentaire du texte précédent, tu donnes à sentir la tension (enfin, je trouve) entre musée et rêves, entre deux mouvements, deux forces: yes ! I Like !

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