lundi 14 février 2011

Tessons et mantilles

Déjà un service complet de vaisselle -en grande partie de l'Emmaüs dépareillé- réduit en tessons. X accompagne ses éclats de verre d'éclats de voix, eux-mêmes capables de briser des céramiques du XVème siècle espagnol. Entre 2 coups de tonnerre, je donne d'une main un coup de balai  et remplis  de l'autre de grands sacs plastiques, séparant les tessons que je recyclerai pour mon grand oeuvre façon Facteur Cheval de style Mudejar, des gravas de notre amour défunt, désormais inutilisables, emberlificotés dans les embrouillaminis de points d'interrogation, à jamais sans réponse. J’étiquette les sacs pour ne pas les confondre.
« Depuis combien de temps ça dure, ton petit manège ?» me demande X ? «De quel manège parles-tu ?» réponds-je, «tu sais bien que j'ai toujours eu horreur des manèges, ça me donne envie de vomir ! » « Oh ça va ! Ne joue pas sur les mots, tu sais très bien de quoi je parle » En parlant de maux, {mais c'est bien la dernière fois} je viens de me couper avec un saloperie de bout de verre Duralex, je monte dans la salle de bains chercher un pansement dans la boîte à pharmacie intitulée « coups et blessures ». Evidemment le sparadrap a glissé dans la boîte contigüe intitulée « digestion, estomac, ventre », mélangé avec les pansements gastriques. L'ennui d'avoir pour bonniche une bibliothécaire, c'est que  le classement prend souvent le dessus sur le rangement et ranger une maison en Dewey, même avec la version augmentée, et mise à jour en 2009, c'est pas de la tarte. Il y a toujours un moment où pour  disposer les choses à leur juste place, il faudrait couper les livres en 2 et/ou les cheveux en 4 afin d'être  cohérent et totalement rigoureux (2 qualités requises dans la fiche de poste bibliothécaire).

A partir de là, les événements se précipitent

UN) Le téléphone sonne : je note l'effort du metteur en scène : penser à introduire un élément extérieur qui généralement met fin à l'hystérie du vase clos, ramenant les protagonistes à la réalité des autres mondes, faisant irruption pour annoncer qui la mort d'un proche, qui la  pluie verglaçante sur le territoire, le blocage des régimes de bananes dans le port de Marseille, à moins que ce ne soit Chris le voyant, qui m'annonce encore qu'un grand changement va se produire dans ma vie.

DEUX) Je note une odeur de brûlé, je regarde par la fenêtre. X s'est lancé  dans la scène II du Grand Incendie de Rome, mais au lieu de jouer de la lyre, il est en train de brûler notre piano synthétique sur lequel nous avons joué ensemble de belles musiques dissonantes, car, comme le disait Oscar Wilde, "l'amour c'est ne faire qu'un, mais lequel ?"
«  T'as toujours eu le feu aux fesses ! » s'étouffe X dans la fumée de son barbecue. Machinalement je jette un coup d'oeil dans la glace : Non, aucune fumée ne sort de mon bas-côté. Mais ça ne veut rien dire, parfois il y a du feu sans fumée, ça ne se sait pas assez.

TROIS) Malgré mes efforts de colmatage, je ne réussis toujours pas à stopper le flux de sang qui s'écoule depuis 10' de ma blessure. Dans le lavabo, mes globules, les rouges que l'on voit, et les blancs que l'on devine, mon fer, mes plaquettes et tout mon bon cholestérol, rejoignent les égouts en fines rigoles. Moi je ne rigole pas trop et flageolante et autant que faire se peut, je dévale l'escalier, remontant le chemin de gouttes rouges que j'ai tracé à la montée.

« Tu peux m'emmener aux urgences ? Avant qu'on se sépare ? », demande-je.

2 commentaires:

  1. Superbe ! Je te voyais entre ton jardin, l'escalier et le salon et là franchement, la consigne tu l'as respectée
    J'en ai écris un autre, mais je n'arrive tjs pas à rester ds les clous

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  2. scène de ménage finale, vaisselle cassée, la petite bonniche volage met les voiles avec facétie... , tu as pris le parti pris du comique, même s'il ya du sang versé! la consigne est bien respectée. mais qu'as tu fait de ton texte de l'autre jour, tu n'as pas eu envie de le reprendre? il était intéressant aussi...

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