vendredi 6 janvier 2012

atelier du 5 janvier

auteur de la photo : Sevinçli, sur : lucileee.blog.lemonde.fr

Montchovet-Baulieu-Marandinière, faire parler les fenêtres

Le flâneur, pourtant habitué au quartier, n’avait jamais rien vu de pareil que ce contre jour ensoleillé éblouissant les façades des HLM, et les lueurs grises de la place comme si des volutes des fumées de l’implosion à venir, quelques années plus tard, recouvraient déjà la mémoire du lieu où des vieux discutaient des poches et des flaques sous les yeux, des jeunes évoquaient leur passé non encore vécu faute de pouvoir imaginer leur avenir, et, pas après pas, il discernait plus sensiblement encore l’écho des cris dans les maisonnées, des rires d’enfants, du grincement d’un volet brisé ou du battant des fenêtres usées, de l’épuisement des habitants, du désir silencieux des corps éreintés parfois mourants, prolongeant sa flânerie sur le parvis aujourd’hui immaculé, hier politique où les élus venaient chercher les votes, parvis des grèves, parvis commercial le dimanche matin, parvis des fêtes de quartier, parvis peuplé d’enfants et de manèges lors des vogues de printemps, puis parvis isolé, dépeuplé, esseulé, parking, alors il se posta devant la tour d’où un ange avait sauté gisant douze étages en contrebas, dégoulinant de sang, et il eu la conscience de sa propre odeur âcre, éponge trempée dans les regards atterrés, ruisselant les mégots de tabac froid, les poubelles débordantes, emmêlée aux effluves des spécialités du cru, aux relents de la pisse des allées, de la craie, de la javelle qui jamais rien n’efface.

cascades vitrées

On a souvent recueilli les

lueurs grises de la place de marché où des petits vieux discutent

mots de la jeunesse sur les évènements d’un passé non encore vécu

reflets de la nuit

contre-jours et soleil d’été éblouissant les longues façades des HLM

flaques en équilibre dans les poches des yeux fatigués

odeurs des spécialités du cru

On a souvent fait l’écho

des rires des familles, des pleurs des bébés

du grincement des battants brisés

des ébats amoureux se répondant d’immeuble à immeuble en été

du silence du désir accablé par la précarité

de l’épuisement du couple

du dernier souffle du mourant

On n’a pas pu empêcher

les discours destructeurs des élus

le saut de l’ange de la jeune femme

la vue de son corps-éponge désarticulé

bouillie rouge, en bas de la tour de Baulieu

l’hurlement de douleur de l’enfant écrasé par l’ascenseur du bâtiment D

L’assassinat du vieux monsieur de la Marandinière

Avant de devenir poussière de verres, on s’est rappelé

des gestes lents de Mitterrand venu visiter la famille de Montchovet

de Pissaro et de Manet entourés de prés

de l’Eglise et de la Piscine se défiant face à face

de l’inquiétude des supporters des Verts

des premiers gravas des écoles, des toits et des murs

de la cendre de l’implosion.

merci à Béatrice pour la photo

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