samedi 28 janvier 2012

Temps pas si simple


Je suis dehors. Je marche. Au loin, très loin, une musique flotte, sans paroles.
Temps simple, l'écharpe orange magique que je ne quitte plus, où Nathalie a brodé tant d'adjectifs, un petit crocodile rouge porte-bonheur et des inscriptions sexuelles, caresse mon cou.
Je suis dehors et je m'enfonce de plus en plus loin dans cette grande ville. Approchant du café « Perle turquoise » dit l'enseigne tenue à bout de bras par deux femmes dessinées sur la vitrine, je reconnais la musique. Un air nostalgique, aux accents grecs, une musique qui me rappelle une petite place, dans un village jaune, démuni, au milieu des collines.

                                  La petite place
 
Après un temps indéfini, vautrée dans ma nostalgie,je m'ébroue, vais plus loin.
Pas autre chose, la ville, sans ciel - encore la ville -. Puis, brusquement, les raffineries se dressent devant moi, encore moins de ciel, des lueurs rougeâtres, des flammes, de grands fûts blancs, une odeur pestilentielle.



                                  Le ciel au-dessus des raffineries

Je suis dehors. Le temps n'est plus simple. Prise dans une tourbillonnante, gigantesque et tentaculaire rêverie, je m'élève dans les airs, très haut, détrempée, baudruche crevée flottant au-dessus des flammes, filant dans la fumée, planant au-dessus de l'autoroute où glissent des voitures dont je n'aperçois que les feux rouges arrières, toutes roulant dans le même sens.

                                           Bien au-delà des raffineries
 
Une pensée me sauve et me ramène sur terre. Comment du si bel adjectif « raffiné », brodé sur mon écharpe, est-on parvenu à l'horrible chose « raffinerie »?
Je rembobine le film, reprends ma marche.
Temps simple. Je reviens. Vidée.
 

 
 

2 commentaires:

  1. ce serait une volute, un ange couleur "sanguine", une émanation si belle, le dessin de léonard voilà tout ce que me dit ton si beau texte photographique

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  2. tes mots et tes images se répondent, elles nous embarquent dans ta rêverie....jusqu'à la fin, simple, radicale, brute (tu as bien fait de la garder telle que tu nous l'a lu)

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