mercredi 25 janvier 2012

ESSAI UN.

Elle marchait, harassée. Son corps pesant sur des semelles qui n'avaient rien du vent, qui gémissaient, flottant sur le goudron mouillé. Un pas, un deuxième pas plus appuyé, plus rauque. Ils répondaient à la lumière du réverbère sinistre contre lequel elle s'appuya, chancelante. De la pointe de son soulier verni, elle agaça la naissance de sa cuisse droite et sentit que son bas était filé. Une bulle d'air s'engouffra dans l'espace laissé libre et inscrivit un souffle amer de liberté sur sa chair bien mal mise à nue.
Elle se cramponna un peu plus à son soutien improvisé et jeta un regard circulaire.
La place était vide, immense et nue dans le noir qui tombait. Les murs des maisons hoquetaient et de loin hésitaient entre le gris souffreteux et le blanc jauni, couleur lait caillé.
Un chat miaula , lui jetant sa tristesse entre les jambes tandis qu'une byciclette tous feux éteints la frôlait méchamment. Son coup de sonnette mécanique et désuet lui intima un semblant d'équilibre dans cet au-milieu de nulle part.
Elle leva les yeux et vit le ciel qui s'obscurcissait lentement. Comme une pyramide à l'envers, la ville s'étalait. De loin en loin les lueurs aux fenêtres qui s'étageaient lui racontaient qu'une vie existait,calfeutrée, bienséante.
Elle fit du réverbère sa barre assymétrique et tourna, tourna jusqu'à l'oubli. Son corps ne fut bientôt plus qu'une figure à quarante cinq degrés et la ville se mit à tanguer de lignes verticales en lignes horizontales, de zébrures colorées en points acidulés. Et le manège se déchaîna et elle tomba, cernée par les pavés tentaculaires.
Sa ville l'avait dévorée.Elle n'existait que dans les soubresauts d'une réalité qu'elle ne maîtrisait plus. Elle ferma les yeux douloureusement.
Maintenant, gigantesque pieuvre aux bras sanguinolents, la ville s'endormait.

1 commentaire:

  1. Je vois une poupée de chiffons désarticulée qui tourne, tourne autour de cette barre et ressens son abandon au ciel, à la ville, à la vie.

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