vendredi 3 décembre 2010

départ en cascade la pieuvre

Il tenta encore un mouvement pour ne pas laisser le froid de la forêt envahir son corps, lutta avec force contre les mâchoires de la bise qui déjà enfermaient ses membres dans un étau glacé. Pour briser l'immense faiblesse qui se répandait en lui comme une tiédeur douceâtre, il s'accrocha au souvenir d'une enfance lointaine, une enfance d'avant Emma, quand il courait nu sur l'unique plage de l'île,la plage désertée par les touristes, rendue aux enfants du village dans les crépuscules de fin d'été .Son visage d'enfant lui apparut, se fondant dans celui du fils resté dans la chambre, il plongea ses yeux dans ce regard brillant qui le dévisageait avec une sorte de douceur apeurée .Un monde s'ouvrit;il lui sembla pénétrer par effraction sur les rivages de sa propre enfance à la recherche de ce petit garçon d'autrefois. Des sensations contradictoires l'assaillirent,des caresses l'enveloppaient se mêlant aux coups assénés par le père ,silhouette noire et trapue surgie d'un passé cahotique à demi oublié .Brusquement, derrière ses paupières meurtries par la brûlure de la neige, une vision s'imposa avec une parfaite netteté:il se vit enfant allongé sur le sable humide maculé d'algues verdâtres, près du bateau de pêche de son père, entravé par des lanières qui zébraient sa peau nue. Il approcha ses mains de ces liens qui enserraient sa poitrine haletante et les retira vivement surpris par leur fraîcheur gluante. Des ventouses dessinaient sur sa peau des dizaines de bouches avides ourlées de sable. Il releva douloureusement la tête ,vit deux yeux bleus de nacre à-demi recouverts d'une paupière translucide. Un souffle rauque s'échappait du flanc de la pieuvre qui l'étreignait avec une joie féroce. Alors,toute résistance s'évanouit et il se laissa emporter avec un lâche soulagement.
Au même moment, dans la chambre faiblement éclairée par les premiers rayons du soleil hivernal, Emma se recroquevillait, cherchant désespérément sur sa peau des parfums de la nuit, des restes de chaleur de son homme enfui, des traces de baisers sur ses blessures intimes. Un peu plus tôt,elle avait fouillé dans la vieille armoire du fond et déniché sous des monceaux de tissus noyés dans la poussière, la vieille poupée de son enfance. Maintenant, elle pouvait lui raconter son histoire

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