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jeudi 8 avril 2010

cadavre S exquis

G,

arrivée de votre lettre tout à l’heure, et me voici célibataire, (du genre actif ou passif je ne le sais pas encore, comme j’entre dans cet état qui m’est si peu familier ...) ; libérée d’un lien qu’hier encore j’imaginais indestructible, tandis que se diffusait de vous à moi ce sentiment «d’intranquillité» dont vous parlez ; notre histoire, plus encore que ma carrière d’artiste, me semblait essentielle autant qu’elle m’inquiétait ;
une évolution de notre relation, vous côtoyer avec les «autres» ou «une autre», je ne le souhaite pas ; l’instant est au désir du silence-absence, me re-créer, reconstituer le vide de vous autour de moi ; nécessité donc, d’ignorer où vous êtes et ce que vous faites ;
de mariage entre nous, il n’en était pas question tant j’essaie d’esquiver ces liens en formes de cordes ou d’anneaux, témoins publics de nos attachements ; alors, comment conjuguer sentiment amoureux et liberté ? comment corriger ces errances qui me dispersent à tous vents sans me sentir prisonnière dans la cage dorée de l’amour voluptueux ? ces derniers temps, peut-être, quelque chose au fond de moi rêvait une forme d’engagement ;
cela n’aurait rien changé à l’affaire car vous êtes homme à préférer toujours l’ailleurs, l’inconnu, le nouveau, «l’autre», cette sève jeune et fraiche, dans laquelle vous puisez inlassablement votre énergie créatrice ;
votre anatomie me manque déjà, mais je sais pouvoir rencontrer encore un corps qui m’inspire autant ;
qui me manquera le plus ...? est-ce votre corps ? est-ce vous ? ou l’idée que je me faisais de nous ? en attendant, je vais m’employer à «prendre soin de moi» pour me distraire de vous, oublier vos mains sur ma peau, vos lèvres, votre...
dès l’origine il y eu entre nous l’évidence de l’amour, du corps contre corps ;
«c’est fini !» me dites-vous et je vous réponds que je suis d’accord pour le mot FIN, pour que l’histoire se termine sans histoire.

S.

avec :
les mots que je donne à ma voisine ange-gabrielle,
ceux que je reçois de mon voisin grandpierre,
les 3 mots en C de mars de béatrice.

jeudi 1 avril 2010

Lettre de réponse à G

G

Je vous remercie de cette franchise envers moi et je la reçois comme dernier gage de ce qui fut entre nous et restera unique. Mon seul regret : vous avez été mon seul amant qui m'ait vouvoyée du début à la fin. J'en rêvais, j'en avais toujours rêvé, sans vous l'avoir jamais confié. Je n'imagine pas plus grand bonheur et plus grande intimité que ce vouvoiement dans l'amour. Je le reçois comme une offrande. J'ai choisi la règle et je préfère la certitude de cette rupture à l'appréhension que j'en avais depuis le début de notre relation. D'ignorer où vous êtes et ce que vous faîtes me sera moins douloureux que de ne plus vous entendre murmurer "Je vous aime" dans le creux de mon cou. Ce vouvoiement m'a été infiniment sensuel. Quelque chose au fond de moi rêvait à une forme d'engagement que ce "vous' consacrait. Il donnait à notre amour à la fois de la profondeur, une immense douceur et je le ressentais comme un respect incommensurable de ce que j'étais et de ce qu'était cet amour. Inlassablement votre énergie créatrice a nourri mon oeuvre et ma vie de toute nouvelle manière, je sais que vous comprendrez sans plus de développement. Un corps qui m'inspire autant, certes vous n'étiez pas le premier, mais une interpellation qui résonne aussi fort en moi et suscite aussi profondément mon inconscient, ça jamais. Ma peau, vos lèvres, votre ventre vibraient, s'impatientaient lorsque vous murmuriez ce "vous" à mon oreille. Du corps contre corps me restera cet infini dont nous nous sommes enveloppés, cette oeuvre à deux que nous avons écrite.
J'aime l'idée de ce livre que vous me dédiez et qui sort le jour où vous m'annoncez notre rupture.



Cadavres exquis

Bip a concocté une consigne aux petits oignons! Je tente d'expliquer:
 La plasticienne Sophie Calle  a reçu une lettre de rupture, ou plus précisément un mail (signée G et reproduit ci-dessous). Le jour où elle a reçu ce mail, son auteur a publié un livre. Le livre lui était dédié et G a quitté Sophie Calle le jour de sa sortie. Sophie Calle a proposé à plusieurs personnes de répondre à ce mail !

Nous devions donc nous emparer de cette proposition et écrire à notre tour une réponse à G. Mais tout cela était trop facile !!!  Nous avions donc une contrainte supplémentaire: nous allions travailler sous la forme du cadavre exquis, c'est à dire que chacun écrit un petit bout de sa lettre sur une feuille qu'il fait ensuite passer à son voisin de gauche qui va la continuer ( mais sans voir ce qui est écrit sauf les deux ou trois derniers mots...). Le tout en gardant en tête sa propre lettre pour maintenir une cohérence personnelle....  Vous suivez toujours?
Comme nous étions 8 hier soir, nous avons donc écrit une lettre en huit morceaux !
A la fin , deux lectures étaient possibles: le cadavre exquis composé par les 8 participants et la lettre de chacun....
Une fois que l'on a eu compris ce qui était attendu de nous, cela a été sur des roulettes!!!

Voici le mail de rupture qui a occasionné notre travail :